Conseil général du Pas-de-Calais (CG62) - Le 24 Mai 2012 - 03h25
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6 000 ans d'histoire sous un parking

Dans le cadre de l’opération Grand Site portée par le Département du Pas-de-calais, les espaces de stationnement du Mont d’Hubert au Blanc Nez ont été redistribués.

Les travaux de terrassement ont mis à jour un fossé de l’époque néolithique : - 4000 avant JC.

L’équipe d’archéologues du Département sous la responsabilité scientifique de l’INRAP a investi les lieux pour une fouille de sauvetage, et ouvert le fossé d’une longueur de 100 m. Une première lecture du terrain et des strates successives confirme une occupation des lieux pendant une période restant à définir, et déjà les archéologues s’interrogent sur la fonction de cet espace.

Pourquoi nos lointains ancêtres ont occupé un lieu aussi inhospitalier, à priori sans eau potable à proximité et exposé à tous vents pendant les 12 mois de l’année ?
Les réponses se trouvent dans l’analyse des déchets retrouvés dans le fossé.
Or le mystère s’épaissit lorsque les archéologues découvrent qu’aux rejets classiques composés de silex, de coquillages, d’os d’animaux d’élevage, s’ajoutent des restes humains en petites quantités.
Pourquoi ces ossements ont-ils étaient mêlés à des rejets de consommations quotidiennes ?

Elisabeth Panloups, Centre départemental d'Archéologie du Pas-de-Calais :

Nous nous situons à l'intérieur du fossé, et il est intéressant de remarquer une couche importante de niveau de coquilles, associée à des éléments de faune, du silex taillé, et également de l'os humain. On voit ici une calotte crânienne avec les dents qui sont en connexion, elle est associée avec de la céramique, et cela ressemble à une mise en scène.

Le site du Mont d’Hubert est comparable à d’autres sites en Europe qui ont vu le jour pendant cette même période. Ils ont en commun l’utilisation du milieu naturel pour délimiter un espace intérieur par une élévation ou un fossé. En revanche le Mont d’Hubert à la particularité unique d’être situé sur un point d’altitude qui permettait à ses occupants de voir et d’être vus sur un rayon de 30 km.

Ivan Praud de l’INRAP se risque aux jeux des hypothèses avec beaucoup de prudence :

Ces enclos sont en fait de grands enclos à bestiaux du fait de la découverte de nombres restes de boucherie dans le fossé. Cette hypothèse n'a plus beaucoup de crédit aujourd'hui.
Selon par contre une hypothèse partagée par une bonne partie des chercheurs, ces sites sont implantés sur certains espaces où on veut marquer son emprise, ces territoires sont partagés
par une population disséminée sur un rayon de 30 km et à des moments particuliers de leur calendrier, on peut imager que l'ensemble de ces populations se retrouvent.

De grandes quantités de mobiliers ont été retrouvées sur site. 1.5 tonne de silex taillé, 500 kg de matériel en grès pour moudre le blé, 150 kg de produits de boucherie (os et bois). S’agit-il de rejets importants sur une courte période de l’ordre de 10 ans, ou au contraire, de petits rejets sur une période de 300 à 400 ans ?

Chacun dans sa spécialité, les archéologues vont tâcher de résoudre cette question et de préciser le mode de vie des occupants.

Jérémy Chombart, Archéozoologue, Centre départemental d'Archéologie du Pas-de-Calais :

La richesse du matériel nous permettra également de calculer la quantité de viande consommée à l'intérieur de l'enceinte. Donc on va peser chaque os et en comparaison avec les espèces actuelles, on va estimer un poids de viande consommée. On a surtout des espèces domestiques mais on trouve aussi dans l'enceinte, des fosses avec des dépôts de bois de cerfs.
C'est peut être lié à des pratiques cultuelles, et pas forcément des pratiques alimentaires.

De retour dans les locaux du centre départemental d’archéologie du Pas-de-Calais, Elisabeth, céramologue, remonte des vases à partir des tessons retrouvés.
Au-delà du simple aspect esthétique, son travail va permettre de préciser le temps d’occupation du Mont d’Hubert.

Ce qui est intéressant pour ce type de vase, c'est qu'il était complètement cassé quand on l'a retrouvé et on s'aperçoit qu'il est complet, qu'il remonte sur 3 mètres de distance et sur quatre couches. Ce qui veut dire que les phases de comblement du fossé ont été relativement rapides à l'endroit où l'on a retrouvé le vase. Ça veut dire aussi que si le vase a été jeté, il l'a été sur plusieurs mètres de distance. C'est donc un rejet et pas un dépôt intentionnel.
Grâce aux observations morphologiques et technologiques, on peut rattacher le vase à sa période, à une zone géographique et du coup à l'intégrer aux corpus d'autres sites connus.

L’analyse des coquillages, des charbons de bois, des silex, des graines viendront compléter ces observations.
Tandis que l’origine géologique de deux haches polies mettra peut-être en évidence les premiers échanges avec l’Angleterre si proche du haut de ce promontoire.

 

Réalisation : Direction de la Communication (Vadim Gressier)

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