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Au 15ième siècle, un bateau fait naufrage...

publié le 12 avril 2011

Vidéo (http://www.pasdecalais.fr/var/cg62/storage/video/406116.mp4)
Les archéologues du Centre Départemental d’Archéologie du Pas-de-calais n’hésitent pas à mouiller le maillot lorsqu’il s’agit de sauvegarde et d’analyse du patrimoine du département.

Ici sur les rives de la Canche à Beutin, une équipe de recherche dirigée par le CNRS sort de la vase ce qui apparaît au premier abord comme de vagues morceaux de bois. Quelques vestiges épars qui permettront de reconstituer les plans d'un navire de transport de marchandises daté de la fin du Moyen Âge.

Pour la sixième campagne de fouille, le Département du Pas-de-Calais est venu renforcer l'équipe de Éric Rieth, directeur de recherche au CNRS, en mettant un archéologue-plongeur à disposition, chaque membre de l'équipe apportant son expertise dans l'étude de l'architecture du bateau et son intégration dans son environnement fluvial.

Éric Rieth :

Aujourd'hui, après plusieurs années de fouilles, on peut dire que cette épave se rattache à la grande famille architecturale de la fin du Moyen Âge des coques que l'on retrouve de la Mer du Nord jusqu'à la Côte Atlantique ; dans cette grande famille des coques, il y a une série de branches régionales dont l'épave de la Canche ferait visiblement partie.

Avec ses 14 mètres de long, son mètre 50 de hauteur, ses 2 mètres 80 de largeur et son fond plat, le navire présente une structure solide et soignée, adaptée à un usage fluvial. Assez proche de la bacove des marais de l'Audomarois, il est destiné au transport de marchandises.
Sa structure lui permettait également de faire du cabotage sur des petites distances. Toutes ces informations sont le résultat de projections faites à partir des pièces du bateau retrouvées au fond de la Canche, et qui ont permis aux modélistes de proposer un gabarit.

Jean-Louis Gaucher, modéliste :

Dans ce modèle qui est vrai à 90 %, ce qui correspond au modèle de forme, c'est ce gabarit arrière. Le fond, s'il est plat dans le milieu du bateau, ne l'est plus vraiment dans les extrémités. Nous avons retrouvé une des varangues, l'un des éléments de charpentage transversal, qui lui n'est plus du tout plat, mais se termine en vrille sur une étrave, retrouvée quant à elle en 2008.

La conséquence de cette découverte est que les virures du bateau, d'abord à franc bord, puis à clin dans le haut de la coque, passent toutes à clin à chaque extrémité du navire ; c'est pour l'instant une hypothèse que la fouille devra valider.
Quant à la finition, le bateau était équipé d'un pont ou vaigrage aux planches très jointives, relevées sur les côtés, ainsi la marchandise ne reposait pas directement sur les membrures. Pour la datation de l'épave, les archéologues ont appliqué une technique aussi précise qu'étonnante.

Sophie François, archéologue du Département :

Je viens de découper une petite tranche de quelques centimètres de large, dans le but de faire une analyse dendrochronologique ; le terme "dendro" correspond aux cernes du bois, et la chronologie permettra quant à elle de dater l'épave à partir de l'étude des cernes. Il nous faut plusieurs prélèvements, avec un minimum de 60 cernes pour permettre une datation. En mesurant toutes les épaisseurs de cernes successivement, nous aurons une courbe, et en la comparant à des données qui sont connues, nous obtiendrons une datation très précise du bois. Au début des campagnes sur cette épave, les premiers prélèvements ont donné des indications datant du début du 15ième siècle, entre 1420 et 1460. Au fur et à mesure des prélèvements, nous avons pu affiner les informations : comme sur certains chênes, nous avons eu l'aubier, les derniers cernes de croissance de l'arbre, nous avons pu obtenir une date très précise, nous savons que certains bois ont été abattus en 1425.

Le second volet de la fouille consiste à préciser l'espace fluvial de la Canche de 1425.

Virginie Sernat, Conservateur du patrimoine de la DRAC :

Le paysage que l'on a réussi à restituer est un paysage complètement différent de celui que l'on a sous les yeux. Aujourd'hui la Canche est très étroite, la rivière était à l'époque très ouverte. Nous sommes encore pour les périodes du 15ième siècle dans un estuaire, avec une remontée de la marée et de la salinité très hautes, jusqu'à Montreuil-sur-Mer, ce qui signifie que ce bateau est marchand, capable de faire du petit cabotage sur la côte, de remonter l'estuaire et d'aller au moins jusqu'à Montreuil. Dans cet estuaire très ouvert, les riverains, les hommes des sociétés pour les périodes médiévales, ont systématiquement essayé de gagner des terres fertiles sur la Canche et d'accroître le terrain agricole. La prairie qui se trouve derrière nous et qui d'ailleurs porte le nom "Les Champs Neufs" montre bien que les riverains ont essayé d'avancer sur la Canche, réduisant de ce fait au fur et à mesure la largeur de la rivière, ce qui fait qu'à un certain moment elle s'est complètement sédimentée et elle a été colmatée, ne permettant plus une navigation.

Et on doit le bon état de conservation du bois à la sédimentation qui a recouvert l'épave, évitant ainsi sa décomposition. Deux autres épaves ont été identifiées dans le lit de la Canche et devront faire l'objet d'une fouille prospective courant 2012, afin d'en envisager leur intérêt scientifique.


Réalisation : Direction de la Communication (Vadim Gressier)