Conseil général du Pas-de-Calais (CG62) - Le 24 Mai 2012 - 03h35
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Faire parler les os

Pour la première des trois campagnes annuelles, les fouilles se poursuivent au cimetière médiéval du Mont Saint-Éloi. L’archéo-anthropologue Déborah Delobel va tâcher de répondre à deux questions majeures.

Été 2010 : les équipes d'archéologues du Département du Pas-de-Calais effectuaient un diagnostic sur le site de l’abbaye du Mont Saint-Éloi et découvraient, entre autres choses, un cimetière datant de l’abbatiale moderne, entre 1800 et 1830. 37 individus avaient été dégagés.

Pour la première des trois campagnes annuelles, les fouilles se poursuivent au cimetière médiéval du Mont Saint-Éloi. L’archéo-anthropologue Déborah Delobel va tâcher de répondre à deux questions majeures : "Qui étaient ces individus : des moines ou des villageois ?" et "Quel était l’état de santé générale de la population ?".

En l’absence de documents historiques et de toute trace d’appartenance sociale comme un tissu ou une parure, il va falloir faire parler les os.

Déborah Delobel, archéo-anthropologue du Département du Pas-de-Calais : Les villageois travaillent plutôt avec le haut du corps et de manière intensive, car ils ont généralement des activités manuelles. Nous allons ainsi pouvoir observer les insertions musculaires des individus et dire si oui ou non ils ont beaucoup usité leurs muscles. Un moine sera, lui, plutôt "en prière" : ses pathologies se trouveront plutôt au niveau des genoux.

Première étape : dégager les os, un travail délicat qui demande beaucoup de patience. La position des bras, des mains, de la tête, l’orientation du corps sont autant d’indications pour déterminer les pratiques funéraires. Aucun os ne doit être déplacé avant de photographier la sépulture, c’est la deuxième étape.
Ces photos prises à la verticale du haut vers le bas seront les seuls supports visuels lorsque la tombe sera vidée.

Une échelle, une flèche indiquant le Nord et le numéro de référencement de l'individu sont déposés au bord du caveau avant de fixer l'image.
Des relevés topographiques viendront préciser la position du caveau.

Déborah Delobel : Malgré les photos, il nous faut garder une trace. Nous avons donc une fiche anthropologique qui nous permet d'indiquer toutes les positions des ossements. Nous avons aussi une fiche de conservation sur laquelle apparaît un squelette éclaté et sur lequel on peut griffonner les os présents dans la tombe. Cela nous permet de savoir le nombre d'os présents et l'état dans lequel ils ont été découverts.

Déborah peut maintenant procéder au prélèvement des os, placés dans un sac plastique référencé.

 

La campagne de fouille terminée, nous retrouverons notre anthropologue en laboratoire pour la phase d’étude du matériel recueilli.
Le nettoyage des os permet déjà à l’anthropologue de noter quelques indications sur l’état de santé de l’individu.

De son vivant, il a perdu toutes ses molaires sauf une, l’os ayant eu le temps de se remodeler en bouchant la cavité dentaire. Les dents du devant fortement usées et cariées témoignent d’une alimentation d’origine essentiellement végétale.
Les restes minéraux présents dans les légumes ont tendance à accélérer l’usure dentaire.

Les os sont ensuite collés et mesurés. Reportées sur une table de taille, les mesures effectuées précisent la stature de l’individu.
L’examen du bassin permet de déterminer le sexe, tandis que l’analyse des sutures du crâne détermine l’âge.

Déborah Delobel : Ces sutures se rejoignent et se soudent au fur et à mesure que l'individu grandit. Cela va nous permettre de donner un âge approximatif de l'individu. Sur ce crâne, les sutures commencent à se ressouder, on le voit également derrière : cette personne avait donc une trentaine d'années. Chez l'enfant, les sutures sont totalement ouvertes : elles n'aident donc pas à déterminer l'âge, contrairement à l'évolution dentaire.

Poussant davantage ses investigations, l’archéologue va maintenant définir l’état de santé des individus enterrés au Mont Saint-Éloi.

Déborah Delobel : On peut voir de l'os nouveau qui est venu se mettre sur l'os : il s'agit en fait d'une infection. Tous ces petits points correspondent à une vascularisation : il n'y avait plus de cartilage, une partie de l'os était détruite, il y a donc eu un apport de sang. Tout ceci est symptomatique d'une arthrose, une arthrose de la hanche.

Parallèlement, de petits indices, comme les caractères discrets, vont permettre d’établir des liens de parenté entre les individus. Il s’agit de légères anomalies osseuses non pathologiques génétiquement transmissibles. Ici un petit trou à la base de l’humérus.

Un nombre suffisant d’individus a été prélevé sur la fouille du Mont Saint-Éloi pour établir des statistiques de sa population à l’époque médiévale. Les résultats intermédiaires préfigurent déjà un état de santé globalement mauvais pour une population d’origine villageoise.

 

Réalisation : Direction de la Communication, Vadim Gressier

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