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Le Mont Saint-Éloi a retrouvé son chœur

publié le 8 avril 2011

Vidéo (http://www.pasdecalais.fr/var/cg62/storage/video/403944.mp4)
En 2008, lorsque les tours du Mont Saint-Éloi étaient transférées de l’État au Département du Pas-de-Calais, celui-ci s’est engagé à assurer la conservation et la mise en valeur du site.

Deux ans plus tard, le Service Départemental d’Archéologie s’est vu confier cette mission de valorisation par la mise en place d’un programme de fouille archéologique réparti sur trois ans ; une meilleure connaissance du site favorisera sa réappropriation par les habitants du Pas-de-Calais.

Septembre 2010 : une équipe d’une douzaine d’archéologues procède au diagnostic du site. Après le passage des pelleteuses qui ont ouvert la zone sur 1 240 m2, c’est maintenant armés de pelles et de truelles que les archéologues remontent dans le temps.

Jean-Michel Willot, Archéologue du Département du Pas-de-Calais :
Nous savons que cette fondation remonte à la seconde moitié du 7ième siècle après JC, puis a été abandonnée avec le passage des Vikings durant le 9ième siècle ; ce secteur a finalement été réoccupé par une communauté de chanoines sur le site du Mont Saint-Éloi. Ils ont construit des bâtiments, leur église abbatiale en 1198 et leurs bâtiments conventuels tout autour.
L’abbaye s’est progressivement enrichie durant toute la période médiévale jusqu’en 1750, où il a été décidé de reconstruire entièrement l’abbaye et les bâtiments conventuels dont il reste quelques éléments, dont les deux tours de l’abbaye du Mont Saint-Éloi, préservées de la démolition après la période révolutionnaire.

Devenue bien nationale, vendue à un particulier, l’abbaye a servi, après la Révolution, de carrière pour construire les maisons des villages alentour. Les pierres de l’abbaye se retrouvent même dans certains édifices d’Arras. Pendant la Grande Guerre, les deux tours, dernier vestige encore debout, constituaient un observatoire privilégié par les alliés, et par conséquent la cible des bombardements allemands. 13 siècles d’occupations et de destructions successives ont tracé le sol du Mont Saint-Éloi, et il est difficile pour un œil non exercé de distinguer un mur de remblais d’une tranchée de récupération, témoin de la présence d’un mur dont les pierres ont été pillées.

Mais dans ce désordre d’apparence se trouvent les réponses à une problématique scientifique : il n’existe aucune documentation précise sur les édifices, de la genèse à l’abbatiale du 13ième siècle. Et aussi étonnant que cela puisse paraître, les plans et représentations de l’abbaye moderne n’ont été dessinés qu’à partir de témoignages et de souvenirs.
Fort heureusement le site n’a jamais subi d’aménagement destructeur et présente un excellent état de conservation.
Après trois semaines de fouille, Jean-Michel Willot et son équipe confirment l’inexactitude des sources documentaires en sortant du sol deux chapelles axiales.

Jean-Michel Willot :
Je me trouve actuellement sur les fondations de ces chapelles rayonnantes ; sous me pieds se situent les blocs de fondation. On devine parfaitement un plan en "fer à cheval". On peut suivre clairement la maçonnerie qui tourne juste devant moi, qui passe hors des limites de la fouille mais dont on possède, juste à l’arrière, le retour. Attenante à la chapelle, qui est désormais complètement dégagée, une autre chapelle rayonnante est en cours de dégagement. Celle-ci est importante puisqu’il s’agit d’une chapelle axiale (dans l’axe du chœur), de taille un peu supérieure à ses voisines. À l’arrière du chœur de l’abbaye moderne et des chapelles rayonnantes, nous sommes descendus un peu plus bas pour travailler sur les vestiges antérieurs à la construction de l’église abbatiale de 1750. Nous avons ainsi trouvé certains éléments qui pourraient être liés aux bâtiments conventuels de l’église abbatiale gothique (gothique et juste postérieure). Même si le plan n’est pas encore très visible, je me trouve actuellement à l’intérieur d’une pièce, le sous-sol d’un bâtiment plus précisément, avec dans le fond l’aménagement d’une rigole, avec des aménagements tels qu’un pavage. Nous sommes également en train de découvrir, à l’opposé, des aménagements liés à cette rigole. Ce pavage en briques pourrait être bien antérieur à la construction des chapelles de l’abbaye moderne ; ils s’en sont servis pour la construire, mais ces pavages ont été mis en place bien avant. Il s’agit peut-être d’un fond de bassin qui collectait les eaux pluviales : il reste à établir les liens entre cette rigole et ce fond de bassin, et le pavage avec la construction des chapelles rayonnantes modernes.

Les archéologues ont retrouvé dans cet espace des déchets abandonnés par un verrier. Deux datations pour ces débris, une correspondant à la construction de l’abbaye moderne et une autre d’une époque bien antérieure. L’artisan a donc utilisé des matériaux contemporains mais a également réutilisé ce qu’il a trouvé sur place. Si l’histoire ne nous dit pas s’il a facturé la totalité des matériaux, cette découverte nous en apprend beaucoup sur la technique des verriers pendant ces deux périodes.

25ième jour de fouille : la chapelle axiale est maintenant dégagée et les archéologues ont sorti de terre l’abside du chœur de l’abbatiale contemporaine.
L’abside dégagée a permis de repérer le déambulatoire, lui aussi complètement épierré, et de préciser ainsi le plan au sol de l’édifice.
Une quinzaine de sépultures a été retrouvée aux pieds des deux tours. Il s’agit essentiellement de villageois et peut-être de chanoines. Utilisées tout au long du 19ième siècle, les sépultures se superposent, et par manque d’espace et en l’absence de pierre tombale, certains squelettes ont été poussés par les fossoyeurs. Place aux jeunes en quelque sorte. C’était une pratique mortuaire courante au 19ième siècle.

C’est ici qu’intervient Déborah Delobel, anthropologue :
Sur ces squelettes nous essayons de déterminer principalement l’âge et le sexe de l’individu, ainsi que les pathologies dont il a du souffrir de son vivant. Toute pathologie, qu’elle soit traumatique ou qu’il s’agisse d’une maladie, va laisser une trace sur l’os, ou alors s’il s’agissait d’un ouvrier, nous verrons sur ses os des marqueurs d’activité.

34ième jour de fouille : les travaux avancent dans la zone sud. La semaine dernière, une marche sur les bords du petit canal a révélé qu’il était recouvert par une dalle de grès dont on retrouve certains éléments.
Cette semaine, les archéologues du Département se sont penchés sur le système d’écoulement et de captation des eaux.

Jean-Michel Willot :
Après un parcours de 3 mètres, les 3 mètres que l’on a dégagés lors de cette campagne de fouille, l’eau s’écoulait sur le fond du petit canal, et se déversait à travers ce trou, dans une cuve, présente sous les dalles de grès qui se trouvent juste derrière la maçonnerie. Lorsque cette cuve était pleine, l’eau finissait, par un système de trop plein, par se redéverser dans la grande citerne qui est située derrière la démolition qui se trouve devant nous et qui s’étendait sur plus de 4 mètres de long et au moins 3 mètres de large.
Ces eaux de collecte, même si elles étaient impropres à la consommation, venaient en complément des eaux fournies par les deux grands puits de l’abbaye. Ces puits figurent sur des plans anciens, mais il faudra patienter jusqu’à la prochaine campagne de fouille pour en trouver la trace.


Réalisation : Direction de la Communication (Vadim Gressier)