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À la Coupole d’Helfaut : Une expo pour ne pas oublier la grande rafle du Nord et du Pas-de-Calais

Publié le 19 septembre 2022

Frédéric Berteloot.

 

Quand on évoque la répression et la déportation des juifs en France durant la Seconde Guerre mondiale, on a tout de suite en tête la rafle du Vel d’Hiv’. Mais il est une autre folie, moins connue mais tout aussi horrible, la rafle antisémite du 11 septembre 1942 dans le Nord et le Pas-de-Calais. À la Coupole d’Helfaut, une exposition intitulée Vies brisées, vies sauvées. La grande rafle du Nord et du Pas-de-Calais retrace cette injustice et rend hommage à ces familles déportées à Auschwitz.

Entrer dans le Centre d’histoire et lieu de mémoire qu’est la Coupe à Helfaut, c’est faire face à ce que l’humanité peut faire de plus terrible. L’histoire de la déportation et des massacres durant la Seconde Guerre mondiale est ici expliquée sans concession, à travers des expositions permanentes sous le dôme de béton. Mais depuis mercredi 14 septembre et jusqu’à la fin de cette année, c’est le hall d’accueil qui retient l’attention. Sous la réplique du V1, suspendue au plafond, 21 panneaux expliquent la rafle du 11 septembre 1942 dans le Nord et le Pas-de-Calais, notamment à Lens et dans le bassin minier. Les historiens, Emmanuelle Bacquet, Laurent Seillier, professeurs d’histoire-géographie et Hélène Priego, directrice du musée de la Résistance de Bondues décortiquent les faits et les replacent dans leur contexte d’une façon claire et pédagogique.

 

1 Expo
21 panneaux ont été posés dans le hall d’accueil de la coupole pour que l’histoire de la rafle du 11 septembre 1942 soit connue de tous.

 

La gratuité s’imposait

Cette exposition est en accès libre. Une décision qui n’est pas anodine : « Nous avons souhaité la gratuité de cette exposition pour qu’elle puisse être vue par le plus grand nombre. Elle sera ensuite mise à la disposition des établissements scolaires, notamment des collèges, afin de poursuivre ce travail de mémoire aussi essentiel, aujourd’hui, plus que jamais », insiste Jean-Claude Leroy, président du Conseil départemental.

Vies brisées, vies sauvées a été réalisée conjointement par l’association Lille-Fives 1942 et les deux institutions de références sur la Seconde Guerre mondiale : La Coupole et le musée de la Résistance de Bondues. Certes l’exposition met en évidence l’horreur de l’événement, de ses conséquences sur ces femmes, hommes et enfants qui vivront l’enfer et, pour la plupart, n’en reviendront jamais. Elle met aussi un visage sur ces familles puisqu’elle renvoie au Livre des 9000 déportés de France à Mittelbau-Dora (éditions Le cherche midi).

 

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En lien avec l’association Lille-Fives 1942, les historiens Emmanuelle Bacquet, Hélène Priego et Laurent Seillier ont conçu cette exposition pour qu’elle soit accessible à toutes les générations.

 

L’horreur et la solidarité

Mais, comme son nom l’indique, Vies brisées, vies sauvées parle aussi des « justes parmi les justes », les cheminots de la gare de Fives où, ce 11 septembre 1942, sont regroupés environ 500 juifs du Nord et du Pas-de-Calais. Ils sauveront une quarantaine d’enfants en les extrayant du quai de la gare, en les cachant et en les confiant clandestinement aux habitants. Les autres partiront pour Malines en Belgique et, par le Convoi X, seront emmenés jusqu’à Auschwitz-Birkenau.

« C’est ce projet insensé d’annihilation d’un peuple, mais aussi la fraternité que surent montrer certains, parfois au péril de leur propre vie, que l’on décrit dans cette exposition », souligne Dominique Leser, président de l’association Lille-Fives 1942.

Laurent Seillier le confirme : « On ne peut voir derrière chaque gendarme et policier un collaborateur zélé. Il y a dans les témoignages des personnes qui doivent leur survie au fait d’avoir été avertis par des, policiers, des gendarmes et même des soldats allemands. »

 

Nathan Alpern, l’un des 17 survivants

Rappelons que sur 1047 déportés de France et de Belgique, seulement 17 du Pas-de-Calais survivront. Parmi eux, Nathan Alpern. C’est aussi la particularité de cette exposition. À l’occasion de son inauguration, le fils et la fille de Nathan Alpern, Alain et Florence, ont remis à Jean-Claude Leroy et Benoît Roussel, président de la Coupole, le manteau de détenu de leur père. Celui avec lequel il est revenu de déportation, en avril 1945. À son retour, Nathan Alpern ne pesait que 35 kg et portait le numéro 64005 tatoué sur le bras.

Raflé avec ses parents, Isaac et Esther, Nathan en est séparé à l’arrivée à Auschwitz. Son père et sa mère seront gazés à leur arrivée. Lui est sélectionné pour travailler. Il survivra à sa condition d’esclave, comme il survivra aux marches de la mort qui l’emmèneront à Dora, où sont assemblées les fusées V2, puis à Bergen-Belsen où est décédée Anne Frank. Il est libéré le 15 avril 1945 par les Britanniques. De retour en France, il fonde une famille de cinq enfants.

 

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Alain et Florence Alpern ont remis à la Coupole le manteau de déporté de leur père, Nathan. Il a été déposé délicatement dans la vitrine par Jean-Claude Leroy, président du conseil départemental.

 

Son manteau de déporté légué à la Coupole

Le vêtement gris à bandes bleues, a été déposé délicatement par le président du Département dans une vitrine où il sera désormais à la vue de chaque visiteur.

Pour Alain Alpern, ce don était une évidence : « Aussi loin que je m’en souvienne, il était dans la cave du magasin que mes parents géraient à Béthune. Je le vois encore accroché à un portemanteau. Un jour, au début des années 2000, j’ai reçu un coup de téléphone d’un de mes opposants politiques. Il venait de retrouver cette tenue de déporté. Il me l’a remis… Dans la famille, nous avons estimé qu’il était de notre devoir de le léguer au musée. Nous séparer de ce manteau n’est pas un déchirement. Au contraire, il ne pouvait être entre de meilleures mains. »

Il est certain que ce manteau et cette exposition aideront les jeunes générations à comprendre ce triste épisode de l’histoire de l’inhumanité.

 

L’exposition est visible jusqu’en fin d’année en accès libre est gratuit à la Coupole aux jours et heures d’ouverture. Visible au musée de la résistance de Bondues. À noter que l’exposition circulera dans les écoles et collèges qui en feront la demande.

 

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Florence Alpern, son époux et son fils, interprètent À mon père. Un texte dans lequel l’autrice dévoile ses sentiments à l’issue de son voyage sur les traces de son père à Auschwitz-Birkenau. À découvrir absolument.

 

 

Lettre d’une fille à son père

Lors de l’inauguration de l’exposition à la Coupole, mercredi 14 septembre, Florence Alpern a lu À mon père, l’œuvre écrite en 2016, le jour de son voyage à Auschwitz, sur les traces de son père, Nathan.

 « Mon père est un survivant. Il est mort en 1968, j’avais 3 ans. J’ai grandi avec cette absence. À cinquante ans, j’ai fait le voyage jusqu’en Pologne et visité ce qu’il reste de ce qu’il a traversé. Le soir de cette visite, j’avais un besoin énorme de lui parler, de lui confier les mots qui tournaient dans ma tête. Alors j’ai pris un carnet, un stylo et, d’un jet, je lui ai écrit cette lettre », explique l’artiste.

À mon père est un formidable témoignage d’amour, un irrépressible cri de victoire sur la mort et l’obscurantisme. Un cri de fierté aussi pour ce père qui a survécu : « Auschwitz est le lieu de ta victoire. Auschwitz est alors une force pour moi. Auschwitz est l’enfer dont mon père est sorti vivant… »

Un texte d’une telle puissance que vous ne pouvez vous en détacher avant le point final. Une lettre poétique qui vous arrache des larmes quand vous l’écoutez de la bouche de Florence, mise en musique par son époux, Alain D’Haeyer et joué par lui-même et leur fils, Arthur, à la guitare.

  • À mon père (édition Ô les mots) est disponible au prix de 10 € avec la piste audio sur le site : https://olesmots.bandcamp.com/ . L’achat de la piste numérique comprend l’envoi postal du livre d’artiste d’une valeur de 8 euros. Contact : flolesmots@gmail.com