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L'Echo du Pas-de-Calais : Pas triste la mine

Rencontre avec Mathias Mlékuz. Par Christian Defrance, le 17/04/2020.

Publié le 17 avril 2020

SALLAUMINES. "Un nom à coucher dehors qu’il me faudra épeler dès l’âge de six ans" déplorait son père Gérard. M, L, E, K, U, Z. "Ça se prononce meuh lait kuze" précise le fils Mathias qui a toutefois laissé tomber l’accent aigu sur le "e" auquel semblait tenir son géniteur. Gérard Mlékuz, décédé en novembre 2009 à 67 ans, fut une grande figure de la formation continue, de l’éducation populaire et un artisan du classement du Bassin minier au patrimoine mondial de l’humanité (il était vice-président de Bassin minier Unesco). Mathias Mlekuz, 53 ans, acteur épatant dans des séries télé comme Avocats et Associés, Nicolas Le Floch a réalisé son premier film Mine de rien, galerie de personnages attachants.

 

"1941, l’année de ma naissance c’est la guerre. C’est aussi une année grandiose pour le cinéma, avec la sortie d’un chef-d’œuvre, Citizen Kane d’Orson Welles. Mon père est soldat français, démobilisé pour assurer la production de charbon. D’origine serbo-croate, né en Allemagne, il travaille à la mine. Ma mère est française. À treize ans, comme ses sœurs : la filature. Bref au pied de mon berceau les deux piliers du Nord ouvrier : le charbon et le textile" écrivait Gérard Mlékuz dans un exercice autobiographique.

Mine de rien
Au pied du berceau de Mathias, né à Lens en 1966, il y eut le militantisme, la culture, l’autoformation, et toujours le charbon. "Les terrils, c’était mon paysage, mon terrain de jeu. L’odeur du charbon dans les rues." Son film Mine de rien est une descente au fond de ses souvenirs. "Je voulais d’abord raconter une histoire : fantasmer la mine - que des chômeurs veulent transformer en parc d’attraction - et je me suis aperçu que c’était un hommage. On a une région en héritage, la perte de la mine a été une tragédie" livre Mathis Mlekuz avant d’en appeler à la force de l’inconscient : "Beaucoup de choses sont passées dans ce long-métrage sans que je m’en aperçoive."

Mine de rien est un conte social avec une ambiance années 80 en 2020, un clin d’œil à l’enfance certes mais aussi un hymne au pardon, à la solidarité, à la dignité, à la force du collectif. Arnault Borowski et Di Lello (Arnaud Ducret et Philippe Rebbot) de "Buchy-les-Mines" sont des "z’héros" magnifiques qui auraient pu fréquenter "l’école élémentaire des adultes" qu’imaginait Gérard Mlékuz "où ceux que l’école a abandonnés trop tôt pourraient acquérir les connaissances, les capacités de base indispensables à leur développement personnel, à l’exercice de leurs fonctions de travailleur, de citoyen, de parent ?" Si Mine de rien est avant tout une comédie, écrite dès 2013 par Mathias, Philippe Rebbot et Cécile Telerman, elle est aussi "solaire et s’inscrit du côté de la vie", du côté du travailleur, du citoyen, du parent. Un film avec son unité de lieu, son réalisateur répétant à l’envi "je suis du Pas-de-Calais".

Tourné en décembre 2018 et janvier 2019 à la Fosse 12 de Loos-en-Gohelle, à Liévin, à Lens, à Oignies, Mine de rien a rassemblé 450 figurants autour d’une belle bande d’acteurs reconnus : Hélène Vincent inoubliable, Rufus, Mélanie Bernier, Josef Mlekuz (le fils aîné), et de talents du Nord : Marianne Garcia, Sophie Bourdon, Rebecca Finet...

 

Du Campagnol à la mine

Vous avez déjà vu Mathias Mlekuz, forcément. Sur le grand écran, il était l’avocat de Brice de Nice, le mari de Romane Bohringer dans Nos enfants chéris. À l’affiche de 28 films au cinéma. Sur le petit écran, il a été l’ami fidèle dans Le Triporteur de Belleville, il est encore le milliardaire suisse de la série Missions (bientôt dans la saison 3). "Comédien de seconds rôles sans trop de pression"dit-il avec modestie. Mais c’est avec le théâtre que tout a commencé. Voire le cirque ! Mathias Mlekuz se souvient fort bien du passage du cirque Bonjour à Sallaumines. Il avait 6 ans, "enfant jouissant d’une très grande liberté, d’une nature rigolote avec une mère dépressive" et s’était retrouvé sur la piste de ce cirque de création, déguisé en Pierrot, "maquillé par Victoria Chaplin (fille de Charlot) dans sa caravane ! "

À 13 ans Mathias avait quitté Sallaumines pour Lille où il fut reçu au Conservatoire puis viré. À 19 ans, il était à Paris, rejoignant le Théâtre du Campagnol "pour faire les cafés" ! Dix ans plus tard, il jouait La Cerisaie de Tchekhov au Festival d’Avignon. 1996, c’est aussi l’année de ses débuts au cinéma, La Divine Pousuite de Michel Deville. "Mon père était un grand cinéphile mais il ne m’a emmené qu’une fois seulement au cinéma" sourit Mathias. Théâtre, cinéma, télévision, Mathias Meuh-lait-kuze est passé du statut de galibot à celui de porion ! À 50 ans, il a voulu devenir ingénieur et réaliser son premier film. "Un défi, une validation des acquis" dont aurait été fier Gérard. "Le chemin fut long" pour imposer le scénario, inspiré d’une visite sur le site du 11/19 à Loos-en-Gohelle avec Philippe Rebbot, auprès d’un producteur, de financeurs. "J’ai finalement prouvé que j’étais le plus légitime pour réaliser ce film".

En janvier dernier, Mine de rien a remporté le prix du public lors du festival international du film de comédie de l’Alpe d’Huez, Mathias dédiant cette récompense "au génie ouvrier et à tout le Bassin minier du Nord - Pas-de-Calais". Le film est sorti officiellement le 26 février dans plus de trois cents salles après une belle tournée d’avant-premières dans les Hauts-de-France. Dans Écoute le temps qui marche sur le sable, son récit de vie, Gérard Mlékuz évoquait un petit carnet noir où il répertoriait les films vus et "où figure un rêve d’adolescent, devenir journaliste ou cinéaste". Mathias a accompli le rêve du père et mine de rien "la boucle est bouclée".

Les rendez-vous de l'Écho : Mine de rien, un film local