Le 10 mars 1906, vers 6h30, 1 664 mineurs sont à l’œuvre dans les fosses de la société des mines de Courrières quand une brusque secousse suivie d’une importante déflagration fait trembler les corons. Ce coup de poussier va causer la mort de 1 099 mineurs et galibots dans les fosses de Billy-Montigny, Méricourt, Sallaumines. La plus grande catastrophe minière d’Europe. 120 ans après, le Pas-de-Calais n’a pas oublié.

Voilà 120 ans maintenant que le drame a eu lieu, et même si les derniers témoins ont disparu, le souvenir de la catastrophe de Courrières ne s'éteint pas, ravivé chaque année. Mardi 10 mars 2026, c’est au pied de la nécropole de Méricourt où sont enterrées 272 victimes non identifiées que la Communauté d’agglomération Lens-Liévin (CALL) organisait la commémoration de ce triste anniversaire.

Des enfants aux côtés d’anciens mineurs

Sous une grande tonnelle, des enfants côtoient d’anciens mineurs, des élus, des responsables syndicaux, de simples habitants… tous unis par la solennité du moment. Casque sur la tête, lanterne à la main Stanis Baralle, ancien Bowetteur, et son ami Bernard Jolda, ancien chef porion, apprécient particulièrement la présence des enfants : « Nous étions là pour la cérémonie des 100 ans et nous voilà 20 ans après aux côtés d’enfants. C’est important d’expliquer aux jeunes ce qu’a été cette catastrophe ; que des gamins de leur âge en sont morts. De dire ce que c’était que de descendre à la mine. »  

Des élèves impliqués

Des enfants qui n’étaient pas là qu’en spectateurs. Depuis septembre 2026, avec le Pays d’art et d’histoire de Lens-Liévin, des élèves des collèges Henri-Wallon de Méricourt et Joséphine-Baker de Sallaumines, des écoles Robert-Doisneau de Billy-Montigny, Jules-Ferry de Fouquières-lès-Lens et Jean-Moulin de Noyelles-sous-Lens ont été sensibilisés à l’histoire minière et à la catastrophe de Courrières. Ils ont visité le carreau de fosse 11-19 de Loos-en-Gohelle, rencontré l’auteur de la bande dessinée Sans noir, Jean-Luc Loyer... « Plusieurs projets ont été mis en œuvre avec les élèves et leurs enseignants. Ceci a abouti à un véritable temps de passage de témoin entre les anciennes et jeunes générations », souligne Valérie De Reu, du Pays d’art et d'histoire Lens-Liévin. 

Après la prise de parole par les collégiens déclamant des vers et des textes poignants, notamment les témoignages d’Henri Wattiez et Auguste Berthon, deux des 14 rescapés sortis de l’enfer 20 et 24 jours après l’explosion.

Ils ne sont pas morts pour rien

L’émotion, accentuée par le Chœur des mineurs de Douai, était palpable tout comme le dépôt des innombrables gerbes de fleurs au pied du mémorial.

Jean-Claude Leroy, président du Conseil départemental, accompagné de deux jeunes, a pu s’y recueillir avant de prendre la parole pour évoquer la tragédie et l’héritage des mineurs : « 1099 victimes, dont un quart avait entre 14 et 18 ans. 1 099 victimes faisant des centaines de veuves et d’orphelins... Peut-on se rendre compte combien l’histoire ouvrière et les catastrophes minières font partie de chaque habitant du Pas-de-Calais ? Malgré les dangers et les difficultés, cette terre ouvrière qu’est le Pas-de-Calais n’a jamais rejeté ni l’industrie, ni la mer, ni le travail dans les champs. Nous sommes même très fiers de cette terre de labeur. En revanche, nous refusons la fatalité, les économies réalisées sur la sécurité des ouvriers pour le profit de quelques-uns. »

Le Président du Département n’a pas manqué de rappeler que le sacrifice et la lutte des mineurs et des ouvriers a permis bien des avancées sociales : « Cet héritage, c’est la sécurité sociale professionnelle, la réduction du temps de travail, le salaire minimum, la protection du travail des enfants et des femmes, le conseil des prud’hommes, l’assurance maladie… Voilà ce que nous devons aux 1099 victimes de Courrières et à tant d’autres. C’est pour cela qu’il est important de ne jamais oublier. »

« Le Bassin minier est un héritage humain fait de travail, de solidarité et d’entraide ; un héritage qu’il vous faudra, chers collégiens, transmettre sans cesse et votre présence témoigne que cette mémoire appartient aux générations qui viennent », a souligné François-Xavier Lauch, préfet du Pas-de-Calais.

Photos Y. Cadart/CD62

La catastrophe de Courrières retracée par les Archives dans un podcast

Bien que cette tragédie se soit déroulée sur les territoires voisins de Méricourt, Billy-Montigny et Sallaumines, elle porte le nom de “catastrophe de Courrières” en raison de l’histoire de la compagnie minière. Le premier puits, le puits n°1, avait été creusé à Courrières, et la société a conservé ce nom pour les autres sites d’extraction développés dans les communes voisines. Ce drame a profondément marqué l’histoire minière et continue de résonner dans la mémoire collective. Pour mieux comprendre son ampleur et ses répercussions, les Archives du Pas-de-Calais proposent dans leur série "Raconte-moi une archive(s)" un podcast en trois épisodes.

La catastrophe de Courrières 

Dans ces trois épisodes, les Archives du Pas-de-Calais nous replongent dans cette tragédie, sur ses causes mais aussi les conséquences qu'elle engendra au niveau national. À travers cet hommage, souvenons-nous de ces hommes disparus et de l’héritage qu’ils ont laissé à la mémoire du bassin minier.

 

Courrières 1906, du drame à la colère 

Épisode 1 à écouter ici : le Drame

Le 10 mars 1906, 1 099 mineurs de la compagnie des mines de Courrières meurent dans une inflammation de poussières de charbon qui ravage les fosses 2 (dite Auguste-Lavaurs à Billy-Montigny), 3 (dite Lavaleresse à Méricourt) et 4 (dite Sainte-Barbe à Sallaumines). La catastrophe tire donc son nom de celui de la compagnie et non de celui de la commune qui n'eut aucune perte à déplorer.

Épisode 2 à écouter ici : les Rescapés

Après la catastrophe, les obsèques des premières victimes se déroulent en parallèle des opérations de sauvetage pour retrouver d'éventuels survivants coincés dans la mine. Mais la colère gronde dans les rangs des mineurs qui ont rapidement compris que cette catastrophe n’était pas uniquement due à la fatalité.

Coup de théâtre : le 30 mars, à la stupéfaction générale, 13 mineurs remontent de la fosse, après être restés 20 jours dans le noir. L’émotion est grande dans toute la France car l’odyssée des rescapés de Courrières est relatée en feuilleton dans la presse nationale. Enfin, le 4 avril, Auguste Berthon remonte sain et sauf, près d’un mois après l’explosion !  

 

Épisode 3 à écouter ici : Grèves et luttes sociales

Au lendemain des obsèques des victimes, le mécontentement et la rancœur contre la compagnie de Courrières gagnent la population. Le mouvement prend rapidement une ampleur considérable : la grève s’étend dans les bassins du Nord et d'Anzin et près de 60 000 grévistes sont dénombrés au plus fort du mouvement, dénonçant la dégradation de la condition des mineurs.