Pour la deuxième année consécutive, les élèves de 3e des collèges publics du Pas-de-Calais ont pu bénéficier du dispositif Classes mémoire proposées par le Département en lien avec la Coupole, centre d’histoire et de mémoire. 110 établissements ont répondu présent et trente d’entre eux sont allés jusqu’au concours de productions de recherches autour des femmes résistantes ou déportées du Pas-de-Calais. La restitution de ce travail a eu lieu mardi 2 juin 2026.

Beaucoup d’émotion sous le dôme de la Coupole. Dans ce lieu de mémoire de la Seconde Guerre mondiale et notamment de la déportation, une cinquantaine de collégiens étaient présents pour présenter le travail réalisé durant l’année scolaire. L’aboutissement de plusieurs mois de recherches sur ces femmes souvent restées anonymes mais dont l’engagement et la bravoure ont contribué à libérer notre pays du joug nazi.

Leur histoire gravée à jamais

Le thème retenu cette année, « Les femmes résistantes et déportées », a apporté aux collégiens la confirmation que le courage n’avait pas de sexe.

Les travaux réalisés ont été déposés au mémorial de la déportation et des fusillés du Pas-de-Calais, dans l’enceinte de la Coupole et seront intégrés à la base numérique dédiée et consultable par tous. Parmi les productions 11 ont été primées et leurs jeunes auteurs invités à le présenter devant leurs pairs. Devant également Nelly-France Ducatel, née en 1944 dans le camp de Kreuzburg en Pologne et les élus présents. Jean-Claude Leroy, président du Conseil départemental, Blandine Drain, vice-présidente en charge notamment des collèges, Sophie Warot, Bertrand Petit et Benoît Roussel conseiller(e) s départemental(e) s ainsi que Stéphane Henry, inspecteur d’académie, ont unanimement salué le travail et l’implication des collégiens.

De belles initiatives

Certains sont même allés au-delà du travail demandé, comme au collège Jacques-Prévert d’Houdain qui a travaillé sur Anna Fajs d’origine tchécoslovaque. Avec son mari elle a hébergé des résistants et caché armes et munitions ce qui vaudra à la famille Fajs d’être déportée. On perd la trace d’Anna Fajs alors qu’elle devait être transférée dans le camp de Bergen-Belsen. L’important travail de recherche des collégiens a permis de découvrir son domicile à Houdain : « Pour que tout le monde connaisse l’histoire d’Anna et de sa famille, nous allons organiser une exposition dans notre collège le 20 juin. Nous avons aussi fait les démarches auprès de l’association Pavés de mémoire pour qu’un pavé mémoriel soit posé sur la maison où la famille a vécu et a été arrêtée. »

Au collège Frédéric-Joliot-Curie de Calonne-Ricouart, les élèves ont travaillé sur Kate Mc Carthy une religieuse répondant au nom de Sœur Marie-Laurence. Également infirmière et membre du réseau de Résistance du musée de l’Homme, elle aidera les soldats britanniques et les résistants à rejoindre la zone non-occupée. Arrêtée et déportée, elle ne cessera jamais de résister et échappera miraculeusement aux fours crématoires. Outre la notice biographique, « nous avons fait des démarches pour que lui soit attribuée la Légion d’honneur à titre posthume. Demande qui ne peut aboutir puisque Kate Mc Carthy est décédée depuis plus d’un an (le 19 juin 1971). En revanche, nous avons réalisé un rallye, sur les traces de Kate dans Béthune, qu’il est possible de découvrir à l’office de tourisme de Béthune. »


De belles rencontres

Au collège de la Morinie à Saint-Omer, les collégiens(e) s sont partis sur les traces d’Antoinette Barrois épouse Osseland, originaire de Wavrans-sur-l’Aa, membre du réseau de résistance Centurie. Elle est arrêtée au café du Bléquin lors de la « Grande rafle de Lumbres » le 30 décembre 1943. Torturée puis déportée, elle portera le triangle rouge réservé aux prisonniers politiques et déportés de répression. Elle décédera le 1er mai 1977 à Wavrans-sur-l’Aa.

Les élèves ont pu rencontrer et échanger avec les descendants d’Antoinette Barois, notamment Nathalie Baude, la petite fille d’Antoinette Barrois. Présente lors de la restitution, Nathalie Baude n’a pas caché son émotion : « même si je n’ai pas connu ma grand-mère très longtemps, que des jeunes fassent rejaillir tout ce qu’elle a subi, c’est très émouvant. D’autant plus qu’au village où elle a vécu et où elle est enterrée, on n’en parle pas du tout. Le travail que ces enfants ont fait est remarquable. Ils m’ont même appris des choses que je ne savais pas car on ne parlait pas beaucoup de ces choses-là dans la famille. Aujourd’hui, l’histoire de ma grand-mère est gravée à jamais et cela est formidable. »

Pour les élèves : « Ce projet nous a profondément touchés. Même si on savait que tout cela avait vraiment existé, ça nous a permis de mieux comprendre l’étendue de l’horreur. Et puis les femmes résistantes sont beaucoup moins mises en valeur que les hommes. Pour cela aussi ce travail d’équipe a été important pour nous ». Les trois classes de 3e ont toutes participé à l’atelier « Histoire d’une déportée ». Sept collégiennes particulièrement motivées ont travaillé sur la rédaction de la notice biographique : « Elles ont pris papier et crayon pour le travail de rédaction. C’est donc une écriture à sept mains et sans intelligence artificielle », précise la professeure d’histoire-géographie au collège de la Morinie, Véronique Frélaut.

L’ensemble des productions qui va enrichir la base de données du mémorial des déportés et fusillés du Pas-de-Calais sont en tous points remarquables.

Votre travail compte ! En étudiant ces parcours vous faites vivre la mémoire des personnes qui ont parfois tout perdu sauf leurs valeurs et leur courage. Et dans le monde actuel cette mémoire nous rappelle où peuvent mener la haine, le racisme, l'antisémitisme et le rejet des autres. Ce travail nous rappelle aussi qu’il existe toujours des femmes et des hommes capables de résister et de défendre la dignité humaine. C’est aussi grâce à vous que cette mémoire continuera de vivre et que nos valeurs resteront fidèles à l’histoire de notre nation.

On a trop peu souligné l’importance des femmes dans la Résistance. Ce que vous avez réalisé avec vos enseignants est un travail de mémoire considérable. Une façon de leur rendre justice face à l’histoire. Il rappelle que la liberté n’est jamais définitivement acquise. À travers les témoignages que vous avez collectés, vous rappelez ce qu’a été la déportation. Vos travaux montrent que la liberté n’est jamais définitivement acquise, que c’est un combat permanent, mais aussi que vous êtes des citoyens vigilants, actifs éveillés qui pourront passer le message de génération en génération. 

La Classe mémoire départementale sera reconduite à la rentrée prochaine. Elle sera consacrée aux résistants, déportés, fusillés étrangers.

Ils ont travaillé sur…

Jeanne Warret épouse Pernot par le collège Adam-de-la-Halle à Achicourt.

Francine Havet par le collège Pierre-Mendès France à Arques.

Marie Halipré-épouse Paquereau par le collège Charles-Péguy à Arras.

Gilberte Fauquembergue épouse Lantrémy par le collège Lavoisier à Auchel.

Denise Comble par le collège Joliot-Curie à Auchy-les-Mines.

Hélène Hoguet épouse Caron par le collège du Val d’Authie à Auxi-le-Château.

Louise Thélier épouse Lelong par le collège Jean-Jacques Rousseau à Avion.

Alice Merlin épouse Marie par le collège Martin-Luther-King à Calais.

Raymonde Basserue épouse Boetzle par le collège Vauban à Calais.

Kate Mc Carthy dite Sœur Marie-Laurence par le collège Frédéric Joliot-Curie à Calonne-Ricouart.

Marguerite Renard épouse Laflechelle par le collège Adulphe-Delegorgue à Courcelles-lès-Lens.

Denise Patout épouse Lesieux par le collège Henri-Wallon de Divion.

Jeanne Delcroix épouse Genty par le collège Antoine-de-Saint-Exupéry à Douvrin.

Simone Sagnier épouse Illidge parle collège Jean-Jaurès à Étaples-sur-Mer.

Anna Kocna épouse Fajs par le collège Jacques-Prévert à Houdain.

Louise Huleux épouse Ramond par le collège Descartes-Montaigne à Liévin.

Eugénie Duclermortier épouse Cor par le collège Henri-Wallon à Méricourt.

Gabrielle Leroy épouse Pollet par le collège Youri Gagarine à Montigny-en-Gohelle.

Léa Brulin épouse Le Cam par le collège Les Argousiers à Oye-Plage.

Noémie Delobelle épouse Suchet par le collège du Bellimont à Pernes.

Marie Loeuilleux épouse Abras par le collège Paul-Eluart à Saint-Etienne-au-Mont.

Antoinette Barrois épouse Osseland par le collège de la Morinie à Saint-Omer.

Aline Fournier épouse Hiecque par le collège de l’Esplanade à Saint-Omer.

Marie Legrois épouse Mionnet par le collège François-Mitterrand à Thérouanne.

Edith Bommier épouse Havet par le collège René-Cassin à Wizernes.