« 58 000 potentiels, 58 000 avenirs possibles » : le président du Département, Jean-Claude Leroy, et la vice-présidente en charge des collèges et de l’éducation, Blandine Drain, ont réaffirmé lors de la traditionnelle conférence de presse de rentrée, le 27 août dernier à Boulogne-sur-Mer, la volonté de la collectivité de donner aux 58 000 collégiens du Pas-de Calais les mêmes chances de réussir, de s’épanouir durant quatre années. « Le collège est bien plus qu’un bâtiment. C’est un lieu où l’on apprend, où l’on grandit, où l’on se construit », a rappelé Jean-Claude Leroy. Dans les 125 collèges publics, le Département veut ainsi continuer à « faire vivre » la bienveillance, l’égalité, la citoyenneté, l’écoresponsabilité ; le tout dans un contexte de baisse démographique, de changement climatique et de fortes contraintes budgétaires, le président tenant toutefois à préciser au sujet du budget que « la situation est plus détendue dans le Pas-de-Calais, nous avons rétabli l’équilibre ». Dans ce budget, 168 millions d’euros sont consacrés aux collèges, à l’éducation.

Le collège Paul-Langevin dans le quartier du Chemin-Vert à Boulogne-sur-Mer où se tenait cette conférence de presse accueille plus de 300 élèves. Les effectifs des 125 établissements sont observés à la loupe depuis que l’INSEE - Institut National de la Statistique et des Études économiques - a révélé en 2025 une baisse tendancielle importante et générale du nombre de collégiens dans les Hauts-de-France à l’horizon 2050. « Démographie en baisse, a expliqué Jean-Claude Leroy, avec un solde naturel négatif. Nous aurons 10 000 collégiens en moins d’ici 2035 ». Le président du Département tient toutefois « à prendre les choses avec beaucoup de précautions, de prudence ».

Il a évoqué un possible solde migratoire économique positif lié à l’installation de grosses entreprises dans le Dunkerquois. « Il faut pondérer les chiffres et faire attention aux projections ». Jean- Claude Leroy a cité l’exemple du collège d’Hucqueliers qui est passé en quinze ans de 250 à 450 élèves.

D’autres collèges de l’arrière-pays du Boulonnais sont eux aussi en bonne santé : Marquise, 1 000 élèves, le plus gros collège du Pas-de-Calais ; Samer, 650 élèves.

Il faudra mutualiser

Mais il demeure que les territoires ruraux où « les collèges jouent un rôle central de service public » sont les plus concernés par la baisse démographique. Aujourd’hui, le Pas-de-Calais est un département « pilote » pour réfléchir à cette baisse des effectifs. Dès cette rentrée 2026-2027, une expérimentation a été lancée au collège Jacques-Prévert d’Heuchin. Une classe de CM1-CM2 du RPI (Regroupement Pédagogique Intercommunal)de la Vallée du Faux s’est installée dans le collège, bénéficiant ainsi de ressources souvent absentes dans les écoles primaires (lire page 13 de ce journal). Cette expérimentation en appellera d’autres. Et que faire des « espaces libérés » ? Le président a cité plusieurs pistes : implantation de médiathèques ou encore d’internats de 15-20 places « où l’on pourrait accueillir les enfants de l’Aide Sociale à l’Enfance pris en charge par le Département ».


Le chantier de Marquise

« Le Département a toujours souhaité des collèges à taille humaine et ne touchera pas aux collèges ruraux », a insisté Jean-Claude Leroy. Dans les 125 collèges, il faudra obligatoirement s’adapter au changement climatique, supporter les canicules.

« Nous ne sommes pas fermés sur la question de l’installation de la climatisation, mais pas à l’ensemble d’un collège ». La collectivité envisage plutôt la végétalisation des cours des collèges (Paul-Langevin y travaille), la plantation d’arbres… « Nous avons anticipé cette question depuis des décennies dans nos constructions et restructurations », a ajouté Blandine Drain. Au chapitre « constructions » justement, le président est revenu sur le chantierdu nouveau collège de Marquise ; il sera « livré » en septembre 2027.

« Sa reconstruction a bouleversé l’ordre des choses. Après l’avoir fermé de toute urgence en quelques heures, nous avons investi 14 millions d’euros pour un collège provisoire et la réalisation du nouveau va nous coûter 36 millions, soit 50 millions au total, l’équivalent de deux collèges neufs ». Une reconstruction est également en cours au collège Georges-Brassens de Saint-Venant, il ouvrira ses portes début 2029.

Outre ces deux gros dossiers, une soixantaine de plus petits chantiers sont prévus ; la priorité de la collectivité restant « la résorption des derniers collèges métalliques (une dizaine) d’ici 5 à 7 ans ».

Mieux manger au collège

Autre sujet qui revient régulièrement sur la table : « l’égalité par l’assiette ». 42 000 élèves déjeunent chaque jour dans les collèges publics, soit 2 élèves sur 3. Chaque année, 5,5 millions de repas sont fabriqués. Une politique d’alimentation durable est menée, avec les circuits courts, le bio local ; en même temps qu’une lutte contre le gaspillage alimentaire. Depuis 2022, la loi ÉGAlim impose un minimum de 50 % de produits durables et de qualité, dont 20 % de produits biologiques et depuis 2024 un objectif de 60 % de viandes et poissons durables.

La restauration scolaire est une compétence du Département, tout comme le transport scolaire des élèves en situation de handicap. 1 350 élèves et étudiants du Pas-de- Calais (dont 27 % de collégiens) pourraient bénéficier de ce service pour l’année scolaire 2026-2027.

80 collèges sont accessibles aux personnes en situation de handicap. Et 100 % des collèges publics sont concernés par des actions éducatives financées par le Département ; un partenariat éducatif cher à la vice-présidente Blandine Drain.


Pour des collèges inclusifs

Avec le partenariat éducatif, politique volontariste du Département, « nous refusons l’idée selon laquelle l’origine sociale détermine la réussite ; le destin scolaire n’est pas écrit », a martelé la vice-présidente en charge des collèges et de l’éducation. 980 projets d’action éducative ont été financés.

Blandine Drain a voulu mettre en exergue deux exemples. La démarche autour du collège inclusif tout d’abord, démarche qui s’inscrit dans « l’Engagement Handicap » adopté en septembre 2023 par le Conseil départemental. « Rendre le collège plus inclusif » : 86 collèges y ont répondu favorablement pour l’année scolaire 2025-2026, ils seront 93 en 2026-2027 autour de l’accompagnement aux pratiques sportives, des jeunes aidants, des espaces sensoriels de répit, de l’accompagnement des élèves à besoins éducatifs particuliers.

1 500 € sont attribués à chaque établissement. « Le collège doit être capable de s’adapter à la diversité des élèves », a renchéri Blandine Drain.


Éducation et culture

Deuxième exemple, le dispositif « Grand Éc’Art » avec L’Envol, proposé à quatre collèges ruraux - collèges Germinal de Biache-Saint-Vaast, Pablo-Neruda de Vitry-en-Artois, 7 Vallées d’Hesdin-la-Forêt et Jean-Rostand d’Auchy-lès-Hesdin - afin de contribuer à la lutte contre le décrochage scolaire.

L’objectif principal était d’offrir aux élèves de 6e confrontés à des difficultés susceptibles de fragiliser leur parcours scolaire, l’opportunité de vivre une expérience culturelle à partager devant l’équipe éducative de leur établissement, mais aussi devant leurs camarades et leur famille.

« Éducation et culture, un binôme parfait », selon Blandine Drain. Le partenariat éducatif est à la fois un garant de l’égalité des chances, proposant à chaque collège les mêmes opportunités d’actions éducatives, mais aussi « une politique publique consciente des réalités locales ».

Face au défi de l’éloignement rural et de la mobilité, ce partenariat éducatif propose

l’accueil d’ateliers et de projets, de résidences artistiques, au sein du collège, le collège s’ouvrant au territoire. Une prise en charge des transports sur les dispositifs majeurs du partenariat éducatif (classe mémoire départementale, collège au cinéma…) réduit les inégalités territoriales.

« Inclure, émanciper, ouvrir les possibles, refuser la fatalité, lutter contre les déterminismes sociaux », le Département du Pas-de-Calais entend donner à chacun des 58 408 collégiens, quel que soit l’endroit où il habite, toutes les chances de « regarder son avenir en se disant ‘pour moi aussi c’est possible ».


Les fresques du collège

Accueillis à Paul-Langevin par la principale Marie-Laure Dumont-Fourmanoir, Jean-Claude Leroy et Blandine Drain ont salué l’implication des enseignants dans les 125 collèges publics ; mais aussi l’engagement des 1 140 personnels départementaux.

Les ATTEE incarnent une véritable présence éducative et rassurante. Par leur vigilance et leur professionnalisme, ils participent activement à la coresponsabilité du climat scolaire. Premier repère des élèves et des professionnels, ils allient protection, prévention et transmission des règles de vie communes pour garantir un environnement serein propice aux apprentissages.

Le président et la vice-présidente n’ont pas manqué de jeter un œil sur la fresque réalisée dans le hall du collège Langevin. Baptisée « Objectif réussite », elle est la cinquième œuvre commune des collégiens de quatrième et de troisième SEGPA (Section générale et professionnelle d'enseignement adapté) et de l’artiste boulonnaise Marika.

Puis au CDI (Centre de documentation et d'information) du collège, ils ont retrouvé la compagnie Nomade Mental qui a animé une résidence artistique. Avec Steeve Dumais et Lucas Jolly, des collégiens ont découvert le théâtre d’ombre, les jeux de masque, les jeux de rôle, ils ont réalisé des affiches ou écrit des récits autobiographiques pour « libérer la parole ».