« Faites le test… Vos seins vous le rendront… Dé-nichons le cancer à temps… », autant de campagnes de sensibilisation aussi décalées qu’humoristiques pour inciter et encourager au dépistage du cancer du sein depuis 1994 en France et pourtant les chiffres sont têtus.

Il reste le cancer le plus mortel chez les femmes. Lorsqu’il est détecté à temps, « c’est 90 % de survie à 10 ans, hors triple négatif » rappelle le docteur Elisabeth Scala, radiologue au Centre hospitalier Techer à Calais. La première raison pour laquelle quelques femmes, dont elle et Christelle Haverlant, « ma mammo » comme elle l’appelle, ont souhaité créer cette association Opale Ladies. « C’est toujours un déchirement de voir arriver une patiente qui a trop attendu et de constater où en est la maladie ».

C’est pourquoi il faut faire de la pédagogie auprès de toutes les femmes âgées de 50 ans et plus.

« Avant la Covid, nous étions à 60 % de tests dans cette catégorie d’âge, en France et dans le secteur de Calais. C’est moins de 50 aujourd’hui ». La faute à qui ? La peur, les fake news autour des vaccins ou des effets secondaires des rayons… Autant de fausses bonnes raisons qui peuvent à terme briser des vies.

Rassurer, aider à surmonter

Au CH de Calais, l’idée de réaliser un documentaire fiction pour mener une campagne d’envergure et aller à la rencontre du plus grand nombre est apparue comme une nécessité absolue.

« La plupart des membres de l’association ont eu un cancer, sauf moi » précise Catherine Lefebvre retraitée et figurante dans le film. Il faut tordre le cou aux idées reçues, aux vieilles chimères et techniques dépassées. La crainte de se dénuder devant un professionnel de santé est aussi un frein pour de nombreuses femmes : « C’est pourquoi toutes nos ‘mammo’ sont des femmes au centre hospitalier », pour rassurer.

Les techniques ont évolué aussi avec des plaques souples, « on n'écrase plus le sein comme une crêpe. D’ailleurs au CH, nous avons pour habitude de confier la télécommande de contrôle à la patiente pour qu’elle active elle-même le mécanisme » soutient Christelle. Le documentaire de 52 minutes réalisé par Djamal Ammari et intitulé Ma vie vaut bien un sein a permis de répondre à l’attente des militantes d’Opale Ladies. « Nous voulions un film qui expliquait tout le processus du dépistage, des peurs à l’hésitation jusqu’à l’accueil et la prise en charge » se souvient Elisabeth Scala.

L’association ne fait pas que soutenir les campagnes liées au dépistage même si c’est ce que montre le film. « Parfois, avec la maladie, les maris les ont quittées, elles perdent leur travail, s’oublient et prennent du poids ». Autant de situations difficiles à affronter et qu’Opale Ladies les aide à surmonter, « ce sont des sœurs de combat ! » rappelle la radiologue.

Dépistage précoce

Comme un besoin vital de le rappeler, « notre santé est notre principale richesse. Vous avez beau avoir tout l’argent du monde, si vous perdez votre santé… ». Encore une fois, les chiffres ne mentent pas. Les catégories sociales les plus modestes sont davantage touchées par la maladie et ses conséquences. La sensibilisation demeure la première arme avant le dépistage. Les hommes aussi ont un rôle à jouer dans ce combat. Les maris, les pères, les fils, les amis, tous doivent encourager les femmes qui les entourent : « As-tu déjà fait le test ? Pourquoi tu as peur ? Allez, je t’accompagne ! ». Ce n’est pas que l’affaire de l’autre.

« Guetter la moindre anomalie. Ça commence souvent par une petite boule, dure comme un grain de riz et gros comme un noyau de cerise » insiste la radiologue. Si la maladie apparaît souvent au moment de la ménopause, il faut rester vigilante et vigilant. « L’Assurance maladie communique sur un âge de dépistage de 50 à 74 ans, mais nous encourageons à poursuivre les tests tous les deux ans même après »,tant la précocité du diagnostic est primordiale. Opale Ladies, c’estaussi une programmation toute l’année pour récolter des fonds et soutenir les femmes qui ont eu ce cancer du sein. Les remettre au sport, « il faut mover ! Plus on oxygène le corps, plus c’est efficace pour éviter l’apparition ou la récidive ».

La diffusion du documentaire est déjà programmée à grande échelle : réunions publiques, conférences débats, journées de formation des étudiants en médecine, série de 31 épisodes « pleine de suspense » nous promet-on, en 2027… Le collectif de femmes n’est pas peu fier du résultat : « Il va voyager ce film ! ».