Le mardi 12 mai, en plein Joli mois de l’Europe, des caméras ont été installées au collège de l’Europe à Ardres. Une initiative qui est le fruit d’un projet européen destiné à étudier l’impact des techniques de gestion des espaces accueillant de la biodiversité sur les populations de pollinisateurs.
Lutter contre le déclin des pollinisateurs : une priorité à l’échelle européenne
Dans le cadre du programme de coopération transnationale Interreg Europe du Nord-Ouest, le Département du Pas-de-Calais a choisi de s’investir dans le projet Polliconnect pour lutter contre la disparition de ces créatures indispensables aussi bien pour la faune, que la flore et les activités humaines.
Pour Caroline Audry, chargée de mission coopération européenne et internationale, prendre part à ce projet est une véritable opportunité pour la collectivité : « On le sait peu mais l’Europe finance de nombreux projets relevant de différentes thématiques prioritaires qui s’inscrivent au cœur des compétences départementales. Les programmes Interreg financent ainsi plusieurs projets dans le Pas-de-Calais, comme le projet Polliconnect pour lutter contre le déclin des pollinisateurs et mettre en place des corridors écologiques. C’est aussi XTraVel Mobility, un projet dont l’objectif est de renforcer la pratique du vélo dans le Nord de la France et en Belgique. C’est également, Family, un autre projet franco-belge, qui s’intéresse à l’accompagnement des enfants et de leurs parents au cours des 1000 premiers jours dans le cadre de la protection maternelle et infantile.
Donc en intégrant des partenariats européens, la collectivité bénéficie de financements pour des projets qui sans le concours des fonds européens ne seraient souvent pas réalisables, faute de ressources financières. Pour Polliconnect, l’aide de l’Europe permet par exemple de prendre en charge une partie du salaire des intervenants, l’achat de matériel ou de prestations comme les semis qui ont été faits à Ardres. »
Rassemblant 13 partenaires de 5 pays différents dans l’optique de tester différentes méthodes de gestion des espaces verts, ce projet se basera sur un suivi régulier de la population de pollinisateurs au sein de différentes zones de test et permettra, à l’image de l’opération mise en place à destination des éco-délégués le jour de l’installation des caméras, de sensibiliser sur l’importance de protéger ces animaux souvent méconnus.
Un projet au long cours
Au milieu de l’espace vert aménagé au fond des terrains de sport du collège de l’Europe se sont invitées le 12 mai 3 caméras. Des outils d’un genre nouveau, destinés à compter et identifier les pollinisateurs qui passeront devant leurs objectifs jusqu’en 2029. Des outils qui viendront compléter le travail de Raphaël Da Silva Ropio qui, à intervalle régulier, effectuera avec son filet à papillon des comptages complémentaires : « Chaque partenaire a identifié des enjeux qui lui sont propres. Pour nous, l’expérience se déroulera sur des parcelles situées dans les collèges d‘Ardres, Licques et Guînes, sur une parcelle municipale à Nielles-lès-Ardres et dans 4 zones de test le long de la RD 215. Avec à chaque fois des comptages et la pratique de différents modes de gestion, pour voir ce qui fonctionne le mieux.
Ici, comme sur les 2 autres collèges et la parcelle municipale, nous avons par exemple ensemencé la parcelle avec un mélange de vivaces et d'annuelles qui permettront d’avoir des fleurs d’avril à septembre pour les pollinisateurs. Ainsi, nous avons quatre zones tests pour essayer différentes méthodes de fauche à différentes périodes. Nous réalisons sur deux zones test une fauche tardive (technique habituellement préconisée pour la biodiversité) où l’on va garder un espace « refuge » et exporter le produit de la fauche, que nous comparons aux deux autres zones avec une fauche dite « en courbe » ou « en sinus » (méthode développée par l’Université de Gand), qui permettra d’étaler la floraison des vivaces sur une période plus longue et de faire cohabiter différentes hauteurs de végétation.
À chaque fois seront donc réalisés un inventaire et un comptage précis des différentes espèces présentes pour voir l’impact de chacune de ces techniques sur les populations de pollinisateurs. Tout cela sera effectué selon un protocole commun à l’ensemble des partenaires, puisqu’il y a six autres zones d’expérimentation réparties dans différents pays, et toutes ces données seront collectées et traitées par l’université de Gand. »
Un outil d’aide à la décision pour faire évoluer les pratiques
Bien plus qu’un exercice d’observation, Polliconnect est l’occasion pour l’ensemble des partenaires d’innover et de trouver à des réponses à des questions concrètes, à l’image d’EFREI, une école d’ingénieur partie prenante du projet qui a conçu un nouveau modèle de caméra pour l’occasion. Objectifs pour l’école : permettre aux enseignants-chercheurs et à leurs étudiants de travailler à l’élaboration d’un outil à la fois fiable et accessible sous forme de kit accessible au plus grand nombre à l’issue du projet, tout en testant de nouveaux modèles d’intelligence artificielle qui permettront dans un premier temps d’identifier les espèces observées, pour ensuite aboutir à la conception d’un outil d’aide à la décision pour l’ensemble des acteurs concernés par la question du déclin des pollinisateurs, de l’agriculteur qui s'interroge sur ses pratiques, aux collectivités qui sont chargées de l'entretien et de l’aménagement de routes, d’équipements publics et d’espaces verts.
Pour le Département du Pas-de-Calais, l’expérimentation permettra de mesurer l’impact de la fauche en courbe et son éventuelle duplicabilité le long des routes départementales où la fauche tardive est déjà généralisée via le DOGD*, mais aussi d’entamer une réflexion sur le travail des agents chargés de l’entretien des espaces verts dans les collèges qui, à l’image de Michael Boyaval, sont impliqués dans le projet : « En parallèle de la maintenance des bâtiments, c’est également à moi que revient la gestion des espaces verts du collège. À Ardres, le collège a la particularité de se situer entre, d’un côté, des grands arbres et de l’autre des champs. Pour l’instant donc, j’interviens de manière assez traditionnelle : je tonds les pelouses, je taille les arbres pour faire des zones d’ombre et éviter les risques de blessure par les branches trop basses, etc. Il y a également quelques zones comme la mare et ce que j’appelle « le petit bois » sur lesquelles j’interviens le moins possible pour laisser un peu de place à la biodiversité.
Donc quand on m’a proposé de participer à ce projet, j’ai tout de suite été partant parce que cela va me permettre d’acquérir de nouvelles connaissances, d’en savoir un peu plus sur les techniques de fauche. Donc en fonction des résultats, je pourrai revoir ma manière de travailler, quitte à me former si nécessaire à ces techniques. Et puis, pour les élèves comme pour le personnel du collège, cette prairie, avec ces fleurs, ça contribue à améliorer encore un peu plus le cadre déjà assez exceptionnel et agréable dans lequel nous travaillons. Donc si en plus c’est bon pour la biodiversité, tout le monde est gagnant ! »
*DOGD : Dossier d'orientation de la gestion différenciée. Ce document administratif régulièrement mis à jour fixe le cadre d’intervention des agents du Département pour l’entretien des dépendances routières et intègre des mesures liées à la sécurité des usagers des routes départementales, mais aussi des mesures liées à la protection de la biodiversité.