Le réseau routier départemental dans le Pas-de-Calais, c’est 6 200 kilomètres de routes gérées et entretenues par la collectivité. Une gestion qui prend en compte la sécurité de tous les usagers, mais aussi les enjeux environnementaux. Pour Jean-Claude Leroy, président du Conseil départemental : « Ces enjeux sont parfaitement compatibles et répondent aux attentes des habitants. La sécurité sur nos routes est une évidence ; la préservation de la biodiversité et la lutte contre le changement climatique le sont devenues. Des engagements que le Département décline aussi dans l'entretien de son réseau routier. » Ainsi, les agents sont pleinement investis et ont su faire évoluer leurs façons de travailler. Fauchage différencié, revégétalisation des délaissés routiers, utilisation de matériaux recyclés, gravillonnage plutôt que goudronnage…, dans chaque opération, l'impact environnemental est pris en compte.


Questions à… Jean-Claude Dissaux, vice-président en charge de la voirie, des infrastructures et de la mobilité

Entretien des routes et préservation de la biodiversité sont-ils vraiment compatibles ?

Jean-Claude Dissaux : Tout à fait et le Département, avec ses agents, en fait la démonstration quasi quotidiennement. C’est par exemple le fauchage différencié, la plantation de haies sur certains accotements, l’aménagement de délaissés routiers, le choix de revêtements que l’on va poser sur les routes, le développement des mobilités douces…

Et puis aujourd’hui, le service de voirie travaille conjointement avec le service de l’environnement. Tout le monde se met autour de la table et travaille ensemble pour traiter à la fois les enjeux de sécurité, de confort des usagers et les enjeux environnementaux. C’est la traduction du Schéma durable de la route que le Département a adopté et met en pratique.

En quoi le fauchage différencié favorise-t-il la biodiversité ?

J.-C. D. : C’est une technique que le Département applique depuis des années. On ne fauche que sur 1 ,5 mètre le long des routes pour des raisons de sécurité et nous n’intervenons sur le reste de la plateforme routière qu’en fin de saison pour permettre à toute la faune et la flore de se développer.

Sur 6 200 km de routes départementales, cela représente une surface importante sur laquelle la biodiversité peut s’exprimer. Il a fallu convaincre les communes qu’il ne s’agissait pas d’un mauvais entretien, mais au contraire d’un bienfait pour l’environnement. Aujourd’hui tout le monde a compris et les usagers seraient même les premiers à nous reprocher de ne pas agir de cette façon.

En matière de délaissés routiers, on voit apparaître des zones très végétalisées. Là aussi l’enjeu est environnemental ?

J.-C. D. : Exactement. Avant on se servait des délaissés comme dépôts de cailloux et autres. Aujourd’hui, ils font l’objet d’une désimperméabilisation, sont replantés d’essences locales… Certains sont entretenus par de l’écopâturage. Cela vaut aussi pour les bassins de rétention des eaux pluviales que nous aménageons pour que les amphibiens puissent y trouver leur place. Mis bout à bout, ces espaces représentent des surfaces importantes rendues à la nature et parfois même au public comme c’est le cas à Éperlecques en bordure de l’étang de la fédération départementale de pêche, le long de la route départementale 300.

On voit également de plus en plus de gravillonnages plutôt que la pose d’enrobés. Qu’elle en est la raison ?

J.-C. D. : C’est ce que l’on appelle les enduits superficiels d’usure. La situation financière, mais aussi les enjeux environnementaux nous ont amenés à réfléchir autrement sur les modes d’entretien. En fonction des catégories de voies, nous revenons à des méthodes ancestrales, mais qui ont fait leurs preuves : on répare les fissures, puis on pose un enduit bitumeux sur lequel on étale des cailloux.

On économise de l’argent et on agit aussi pour l'environnement puisque cette technique ne nécessite pas de hautes températures contrairement aux enrobés classiques. Et puis ces cailloux peuvent aussi provenir d’anciens matériaux issus du rabotage de routes que l’on récupère et que l’on remet dans le circuit. Nous sommes quasiment dans de l’économie circulaire.

 

En quelques chiffres

Le Département aménage et entretient environ 2 400 hectares de dépendances vertes (accotements, fossés, talus, aires de stationnement, délaissés), l’équivalent d’un tiers de la surface des Espaces Naturels Sensibles départementaux. Depuis 2022, les aménagements réalisés ont permis la végétalisation de près de 17 hectares de délaissés. L’équivalent de 24 terrains de football rendus à la nature.
 


Des dépendances routières toujours plus vertes

Vous l’aurez compris, les routes départementales ne sont pas que de longues voies de circulation bitumées. Partout dans le Pas-de-Calais, la collectivité transforme ses dépendances routières en de véritables corridors écologiques. Ça a été notamment le cas au rond-point des Orgues à Isbergues. Entre les routes départementales 188 et 186, sur près de 16 000 m2, des plantations de haies, des ensemencements de bandes fleuries, la création d’une mare, la pose de gîtes à abeilles sauvages, de nichoirs à chouettes chevêche et à chauves-souris, d’une façade à hirondelles de rivage, d’abris à hérissons… font de cet endroit un exemple de renaturation écologique, principalement entretenu par de l’écopâturage.

À Éperlecques, entre eau et bitume

Les opérations de ce type se multiplient. Dernièrement, à Éperlecques, le Département a passé une convention avec la Fédération de pêche du Pas-de-Calais propriétaire d’un étang le long de la RD 300. Un travail partenarial qui a permis de faire de la dépendance routière de plus de 1 hectare, une frayère à brochets. L’aménagement a été complété par des mares pour les grenouilles et autres batraciens. Des arbres morts ont été préservés pour servir de garde manger aux insectes xylophages. Un cordon boisé facilite le déplacement des chauves-souris… Bref, c’est un véritable écosystème qui a été recréé.


Des gravillons plutôt que du goudron

Si dans les CER (Centre d’entretien routier), les agents du Département sont mobilisés toute l'année pour garantir notre sécurité sur les 6 200 km de routes départementales, les beaux jours sont propices à la réfection des couches de roulement. Depuis quelques jours, des opérations de gravillonnage ont lieu sur plusieurs communes.
Cette technique est une alternative économique et écologique à la pose d'enrobés classiques.

Plus écologique, plus économique, plus rapide

Le gravillonnage présente un bilan énergétique et une empreinte carbone bien plus favorables que la pose d’enrobés classiques. Une performance qui s’explique par la limitation des transports : les matériaux sont acheminés directement sur le chantier (liants) ou stockés à proximité (granulats), limitant les transports ; par la sobriété thermique : contrairement aux enrobés, les granulats ne nécessitent aucun chauffage ; par l’économie des ressources : l’application en couche mince limite considérablement la consommation de ressources minérales non renouvelables.
De plus, son coût est 4 à 5 fois moindre que la pose d'un enrobé bitumeux. Le gravillonnage se distingue aussi par sa rapidité d’exécution. La chaussée est de nouveau accessible aux véhicules le soir même, ce qui réduit considérablement les perturbations pour les usagers. Bref, dans de nombreux cas, le gravillonnage est une alternative bénéfique à plus d'un titre.


Le bon équilibre entre sécurité et biodiversité

Aujourd’hui, pour la plupart des automobilistes, il est acquis que laisser la nature s’épanouir sur le bord des routes est un avantage environnemental certain. En effet, les accotements végétalisés et autres dépendances vertes le long des voies de circulation peuvent être de véritables réservoirs de biodiversité. La flore s'y épanouit, la faune s'en nourrit et s'y abrite... C'est pour cette raison que le Département applique et même accentue la gestion différenciée des emprises en bordure des routes départementales.

Laisser la nature s’épanouir

La gestion différenciée consiste en un entretien adapté des espaces végétalisés selon leurs caractéristiques, leur richesse patrimoniale, les enjeux environnementaux qu'ils représentent. Ainsi, si, pour garantir la sécurité des usagers, les agents assurent un fauchage régulier jusqu’à 1,5 mètre de la chaussée, au-delà ils laissent volontairement la nature s’exprimer. Ce fauchage tardif pratiqué en dehors des périodes de reproduction permet à la faune et à la flore de s’épanouir, aux insectes de trouver de quoi butiner et offre le gîte et le couvert aux petits mammifères.

Alors non, un bord de route n'est pas mal entretenu parce qu'il n'est pas tondu. Au contraire, il devient source de biodiversité et contribue à la lutte contre le changement climatique.