Accompagner une grossesse, c’est tout un métier et la journée du 5 mai est l'occasion de donner un éclairage particulier sur le métier de sage-femme. Coordonner 28 sages-femmes sur tout un département, c’en est un autre tout aussi indispensable. Jennifer Vichard sage-femme de formation, est aujourd’hui cheffe de mission en prévention maternité parentalité à la PMI. Son quotidien : faire en sorte que chaque futur parent puisse trouver la bonne aide, au bon moment.

Au sein du service départemental de protection maternelle et infantile (SDPMI), Jennifer pilote l’activité des sages-femmes sur les territoires et veille à la cohérence des pratiques. « On est là pour accompagner, écouter, orienter, mais aussi repérer des fragilités qui ne sont pas toujours visibles. » Un rôle de coordination qui lui permet de garder une vision d’ensemble, tout en restant connectée aux réalités du terrain.

Être là, pour les équipes

Jennifer coordonne une équipe de 28 sages-femmes réparties sur les 9 territoires. Son rôle, organiser, accompagner, ajuster, mais aussi soutenir. Car derrière chaque situation suivie, il y a aussi des professionnelles confrontées à des réalités humaines parfois exigeantes. « Je me sens utile quand je collabore à la mise en place de projets territoriaux en lien avec les missions des sages femmes et les attentes des femmes enceintes et des jeunes parents. »
Elle intervient en appui, prend du recul, aide à clarifier une situation ou à poser un cadre. Une posture particulière, puisqu’elle n’est pas la responsable hiérarchique directe, mais un point d’appui identifié. Une position qui facilite la confiance et permet des échanges plus libres.

Accompagner sans juger

Côté terrain, les réalités sont multiples. Une grossesse ne se vit jamais de la même manière. Derrière chaque situation, il y a un parcours de vie, parfois des fragilités, parfois simplement des questions qui restent sans réponse. « On est là pour donner des repères, surtout quand il n’y a pas forcément quelqu’un vers qui se tourner. Tout le monde n'a pas la chance d'avoir ses parents disponibles et à proximité. Certains peuvent imaginer que le Département n'intervient qu'auprès de parents de milieux sociaux défavorisés ; mais des difficultés peuvent intervenir à tout moment et pas seulement à cause de situations économiques difficiles ou de climats de violence par exemple. J'ai souvenir d'un couple de cadres très pris par leur job et pour qui l'arrivée d'un bébé était compliquée à gérer au début. Je me rappelle également de cette grossesse survenue après un long parcours de PMA... la réassurance est alors notre priorité ! » 

Visites à domicile, entretiens, conseils, orientation vers des partenaires, les sages-femmes de PMI interviennent à différents moments, avant et après la naissance. Certaines familles auront besoin d’un accompagnement ponctuel, d’autres d’un suivi plus régulier. L’enjeu, s’adapter, sans jamais juger.
Cette présence prend tout son sens dans ce que l’on appelle les "1000 premiers jours", une période clé qui va de la grossesse aux premières années de l’enfant. « C’est une période où tout se joue en partie, où les repères se construisent et où l’accompagnement peut vraiment faire la différence. » Fatigue, reprise du travail, isolement, autant de facteurs qui peuvent peser et pour lesquels un appui extérieur peut faire la différence. « La dépression post-partum est à prendre au sérieux car elle peut conduire à l'irréparable. La bonne santé mentale des 2 parents est capital pour le foyer. »

Aller vers, plus tôt

Avec le dispositif Ariane, une nouvelle étape vient d'être franchie. Après expérimentation sur 3 territoires, désormais, chaque femme enceinte du Pas-de-Calais est contactée dès sa déclaration de grossesse, via un SMS suivi d'un appel dans les quinze jours. Ce premier échange permet de se présenter, de répondre aux premières questions et, si besoin, de proposer un accompagnement. Une façon d’aller vers des publics qui, jusque-là, pouvaient passer sous les radars. « On rencontre aujourd’hui des situations qu’on ne repérait pas avant, parfois très en amont. » Environ 12 000 futures mamans sont concernées chaque année. Un changement d’échelle qui a nécessité une organisation collective et un travail d’anticipation avec les équipes.

Un travail d’équipe, souvent discret

Derrière ce type de dispositif, il y a un travail de coordination important. Harmoniser les pratiques, partager les informations, organiser les interventions, tout cela ne se voit pas forcément, mais conditionne la qualité de l’accompagnement. « Mon rôle, c’est de mettre à disposition des équipes les outils et les repères pour que mes collègues puissent intervenir au bon moment. » Au-delà des outils, Jennifer insiste sur l’essentiel : des professionnels disponibles, engagés, qui prennent le temps. Et un collectif qui fonctionne, avec des relais, des partenaires et une dynamique d’équipe.

Un travail souvent discret, mais qui permet, concrètement, que chacun puisse trouver sa place et ne pas rester seul dans ces moments de vie aussi importants que l’arrivée d’un enfant.