Au service allocation insertion de l’Artois, Rosemonde Missana est avec son équipe chargée de l’accompagnement des bénéficiaires du RSA (Revenu de solidarité active). Depuis son bureau de la Maison du Département Solidarité (MDS) de Béthune, c’est elle qui pour chaque allocataire du secteur géographique dont elle a la charge assure la mise en relation en l’allocataire avec son référent, valide le contrat d’engagement qui lui permet d’obtenir son allocation et coordonne l’accompagnement social et professionnel dont il pourra bénéficier. Son objectif ? Permettre à chacune de ces personnes de sortir de la précarité le plus rapidement possible.

Le RSA, comment ça fonctionne ?

Quand il est question du RSA, il n’est en effet pas toujours facile de savoir qui fait quoi dans la mesure où plusieurs interlocuteurs interviennent. Si l’on pense souvent à la CAF (Caisse d’allocations familiales) qui est chargée du versement de l’allocation, il n’est pas rare d’oublier que c’est pourtant le Département qui est chargé par l’État de financer le RSA et de veiller à la mise en place de l'accompagnement de ses bénéficiaires. 

Les acteurs du RSA : 

  • L’État : en charge du cadre légal, il fixe les règles du jeu et doit donner aux Départements les moyens nécessaires pour le paiement des allocations et l’accompagnement des bénéficiaires.
  • Le Département : il oriente chaque bénéficiaire vers un référent et valide son contrat d’engagement. En cas de non-respect des engagements pris dans ce contrat, la collectivité est chargée d'appliquer les différentes sanctions possibles ou de réclamer les montants perçus de manière indue. C’est également elle qui finance par le biais de son budget le versement du RSA.
  • La CAF ou la MSA (Mutuelle sociale agricole) : ces organismes sont chargés d’assurer le versement du RSA aux allocataires.
  • Les référents : ce sont l’ensemble des personnes chargées de l'accompagnement des bénéficiaires du RSA au quotidien. Ils sont les interlocuteurs privilégiés des bénéficiaires qu’ils rencontrent régulièrement et qu’ils peuvent orienter vers des dispositifs leur permettant de lever les différents freins qui les handicapent dans le parcours de retour vers l’emploi. Pour mettre toutes les chances du côté des bénéficiaires, un label « Référent RSA » a été mis en place. Avec une obligation de formation et l’évaluation des contrats, ce nouveau label est une reconnaissance du travail de celles et ceux qui sont au plus proche des usagers tout au long de l’année.

« J’y suis, j’y reste »

Pour celle qui a rejoint le Département en 1985, pas question de changer de métier ou d’équipe : « Après un premier poste à Arras, je suis arrivée à Béthune en 1994 et j’ai pu voir les débuts de l’insertion, du RMI, puis du RSA. Et pour rien au monde je ne changerai de métier : j’y suis, j’y reste ! »

Malgré de nombreux changements et des situations parfois complexes qui la placent dans une position de témoin face aux difficultés auxquelles peuvent être confrontés les bénéficiaires de minima sociaux, elle s’est toujours adaptée pour trouver des solutions ou expliquer des décisions parfois lourdes de conséquences, sans jamais se départir de son humanité.

Un rôle central dans le dispositif

Chargée de trouver la personne qui sera la plus à même de correspondre au profil de chacun des nouveaux entrants dans le dispositif, Rosemonde Missana est garante du bon fonctionnement du dispositif d'accompagnement. Désignation du référent, validation du contrat d’engagement qui fixe des objectifs individualisés propres aux difficultés spécifiques rencontrées par chaque allocataire, participation aux temps d’échanges mensuels dédiés aux situations les plus complexes, les journées ne se ressemblent jamais : 

« Ce que l’on fait, c’est du cas par cas. Chaque personne est unique. Pour certains, le RSA, ce ne sera que quelques mois le temps de rebondir. Pour d’autres cela peut durer beaucoup plus longtemps. Il y a beaucoup d’a priori autour des personnes qui bénéficient du RSA. Pourtant, dans les faits, ce sont principalement des personnes en grande difficulté, qui doivent le plus souvent faire face à des situations complexes. Notre objectif final, c’est que ces personnes sortent du dispositif, mais concrètement, cela veut dire leur permettre d’aller vers du mieux. Par exemple, quand on creuse un peu, on trouve souvent des problèmes de santé, des problèmes familiaux, de l’isolement, des problèmes de confiance en soi, etc. Donc pour nous il est important de tenir compte du parcours de chacun, pour essayer de trouver les bons interlocuteurs, le bon référent, celui qui sera capable de les aider à lever ces freins, pour ensuite pouvoir envisager l’avenir autrement. » 

Oreille attentive et regard bienveillant

Pour Cécile Bacquet, sa cheffe de service, pas possible en effet d’exercer le métier de sa collègue « sans aimer les gens », ce qui pour autant ne veut pas dire ne pas veiller au respect des engagements des uns et des autres. Pour celle qui est considérée par ses collègues comme « l’experte du respect du cadre », pas question en effet de ne pas se montrer bienveillante et pédagogue, même dans les situations les plus tendues :

« De manière générale, quand un bénéficiaire nous contacte par téléphone, ou qu’il se présente à l’accueil de la MDS, c’est parce que cela ne va pas. Bien souvent, c’est qu’il est question d’une sanction. Dans ces situations, mon rôle va donc être de désamorcer le conflit, de calmer la personne, de dédramatiser. Donc dans ces cas-là on explique la sanction, mais aussi on essaie de comprendre comment on en est arrivés là : notre rôle, s’il consiste principalement, à veiller au respect du cadre, est aussi de faire de la pédagogie, mais aussi si besoin de mener l’enquête, d’appeler le siège, la Maison de l’Autonomie, le référent, la CAF, ou toute personne qui pourra donner un éclairage différent sur la situation. Car parfois, une personne va peut-être manquer à ses obligations, mais on va découvrir qu’elle n’était peut-être tout simplement pas en mesure de les remplir. Donc en fonction des personnes et des situations, l’objectif est de lever les doutes, pour être certains de ne pas se tromper, quitte à parfois réévaluer la sanction


« Aider les personnes à sortir de la précarité »

Derrière chaque allocataire se cache donc une histoire, un parcours, des difficultés particulières, des besoins spécifiques. Une réalité que le Département a choisi de prendre en compte dans la manière dont il individualise la gestion des dossiers : « On va vraiment faire en sorte de trouver le bon référent pour chaque personne. Tous les jours, avec mon métier je me sens utile même si mon travail n’est pas forcément visible ou palpable pour les bénéficiaires ou pour le grand public. Ce que j’aime le plus dans mon travail, c’est d’arriver à permettre aux gens de sortir le plus rapidement du RSA, parce que pour eux, cela veut dire sortir de la précarité. Donc chaque sortie positive, ça fait du bien !

Et parfois dans des cas plus compliqués, l’accompagnement peut parfois durer beaucoup plus longtemps, mais chaque petit pas est une victoire. Par exemple, dans le cadre d’une action collective, j’ai vu récemment des jeunes femmes monter sur scène pour jouer une pièce de théâtre. Pour ces jeunes femmes, bénéficiaires du RSA, isolées, qui n’ont pas l’habitude de s’exprimer en public, cette expérience c’était extraordinaire. Et pour moi, c’était très émouvant de les voir ensemble, être en groupe, se sentir à l’aise, et de me dire que notre travail ça leur permet d’avancer. La prochaine étape pour elles, ce sera une formation pour travailler pour la confiance en elles. Et quand on réalise que c’est peut-être ça qui permettra débloquer leur situation, c’est vraiment dans ce genre de moment que l’on mesure à quel point nos métiers sont utiles ! »