Avec « Les ambassadeurs du bien parler », le Département du Pas-de-Calais s’est emparé des remontées des acteurs de terrain pour proposer des solutions face à leurs difficultés à recruter. Une initiative qui s’inscrit dans le cadre de la plateforme Professions Autonomie 62.
Une nécessité pour le territoire, une opportunité pour l’emploi
Dans un contexte général de vieillissement de la population, le Pas-de-Calais souhaite anticiper l’évolution des besoins de ses habitants. En se basant sur les dernières projections d'évolution de la population, en 2040 plus de 30% des habitants du Pas-de-Calais seront âgés de plus de 70 ans.
Une réalité qui se traduira par une augmentation des besoins en matière d’accompagnement, pour permettre à nos séniors de vieillir dans les meilleures conditions, en structure, ou comme de plus en plus de personnes en formulent le souhait, à domicile. Une perspective de développement qui aurait de quoi réjouir les structures spécialisées dans l’accompagnement des personnes âgées, mais qui se heurte à la difficulté du secteur à susciter les vocations, malgré des besoins en recrutement existants, et qui ne feront que croître au cours des années à venir.
Un constat que le Département du Pas-de-Calais a choisi de transformer en opportunité pour l’ensemble des personnes en parcours d’insertion, ou souhaitant se reconvertir. Une ambition qui se traduit par des moyens, qu’il s’agisse de l'accompagnement des bénéficiaires du RSA par le biais de sensibilisation, d’un accompagnement global en vue d’une entrée en formation qualifiante ou la levée des freins à l’emploi avec des solutions de financement pour le passage du permis de conduire ou l’aide à la garde d’enfants. Une palette d’outils mise en avant lors de la quinzaine de l’emploi des bénéficiaires du RSA, « Les clés pour réussir ».
Un travail qui se décline également dans le cadre de la plateforme Professions Autonomie 62, qui permet entre autres à la collectivité, en concertation avec ses partenaires, de mobiliser des moyens destinés à faire évoluer le secteur pour le rendre de nouveau attractif. Revalorisation des salaires, accompagnement des structures, développement de la mobilité des salariés avec l'achat de vélos et de voitures ou amélioration des conditions de travail, le Département mobilise l’ensemble des leviers à sa disposition.
Des métiers méconnus
En parallèle de ce travail au long cours, l’un des principaux freins au recrutement identifiés par les professionnels de terrain se trouve aussi du côté des représentations et de la méconnaissance du grand public en ce qui concerne ces métiers. Un constat auquel est désormais chargée de remédier Aurélie Bionville, apprentie à l’origine des « Ambassadeurs du bien parler ». Après un service civique au sein du service en charge de l’insertion sociale et professionnelle des bénéficiaires du RSA, elle est désormais apprentie au sein de la direction de l’autonomie et chargée de développer ce nouvel outil de promotion des métiers de l’aide à la personne :
« Quand on discute avec les professionnels, on se rend rapidement compte que l’image que le grand public a de leur métier est parfois très éloignée de la réalité ou incomplète. Du côté des recruteurs, il a également été constaté que le discours tenu auprès d'éventuels candidats pouvait parfois freiner le dépôt d’une candidature. Pourtant, il s’agit de beaux métiers, pour lesquels il est question de vocation, au service de l’humain. Ce sont des métiers qui ont du sens. »
C’est de ce constat qu’est né le projet des « Ambassadeurs du bien parler » :
« Ma mission a été de réunir des professionnels exerçant différents métiers de l’aide et du soin pour en faire des ambassadeurs. Des ambassadeurs qui peuvent parler de leur quotidien, répondre à des questions précises ou concrète sur leurs différents métiers et auxquels les recruteurs n’ont pas toujours la réponse, mais surtout partager leur amour pour leur métier. »
Trouver les mots justes
Pour porter la bonne parole auprès du grand public, un réseau de 10 professionnels de terrain a donc été constitué avec une attention particulière portée sur la représentation des différents métiers : « Parmi les métiers représentés il y a donc des auxiliaires de vie sociale, des accompagnants éducatifs et sociaux, des aides à domicile, et même un directeur de SAD (Service Autonomie à Domicile) et une directrice de projet d’établissement pour personnes handicapées. Avec ces différents profils, l’idée est de permettre de comprendre que ces métiers accompagnent tout au long de la vie, qu’ils ne concernent pas que l’enfance, ou au contraire les personnes âgées. On constate également, comme lorsque les ambassadeurs sont intervenus à Calais en novembre 2025, que si ces métiers ont en général une bonne image, il y a en parallèle un vrai problème d’attractivité. »
Pour Nicolas, Émilie, Isabelle et Pascal, quatre de ces Ambassadeurs présents à Achicourt dans le cadre des « Clés pour réussir », le rôle des « Ambassadeurs du bien parler » est donc d’aller plus loin qu’une simple opération de promotion de ces métiers. Une fois la glace brisée par le biais d’un escape game ou d’un quiz destiné à identifier les différents métiers des services à la personne, leur mission est de répondre à toutes les questions que pourraient se poser d’éventuels candidats pour ces métiers :
« On ne s’en rend pas compte, mais qui saurait dire quelle est la différence entre une auxiliaire de vie et une aide à domicile ? Qui sait en quoi consiste le métier d’ergothérapeute ? Si l’on caricature, pour beaucoup de gens, nos métiers se résument parfois à la toilette ou à voir des gens tous nus à longueur de journée. Il faut vraiment dépoussiérer l’image de ces métiers, mais il faut aussi être honnêtes avec les gens, ne pas leur raconter n’importe quoi, ne pas leur cacher certains aspects du métier. Par exemple, les services à la personne, ça implique en effet parfois de travailler le soir ou les jours fériés. Mais quand on sait pourquoi on s’oriente vers ces métiers, ce n’est pas un problème car il y a aussi des choses géniales quand on exerce nos professions : les personnes avec qui nous travaillons, on les accompagne, on leur rend service, on lie un lien avec elles. On se sent vraiment utiles !
À travers nos échanges et l’expérience de chacun d’entre nous, l’idée est de donner à voir la diversité des métiers et des manières de les exercer, parce que d’une structure à l’autre, ou en fonction des publics, les manières de travailler ne sont pas forcément les mêmes. Idem, travailler en structure ou au domicile des personnes que l’on accompagne, c’est également différent. L’idée c’est vraiment que chacun puisse nous poser ses questions et avoir une réponse : on peut parler sans tabou du travail en équipe, des horaires, ou des salaires. On n’est pas là pour donner une vision idéalisée de nos métiers, mais une vision au contraire la plus juste possible, pour donner envie aux gens que cela pourrait intéresser de se lancer en toute connaissance de cause. Parce que si l’on a tous des métiers et des parcours différents, ce qui nous rassemble dans cette démarche, c’est l'amour pour nos métiers, une même vocation. »