Interview d'Alain Méquignon, vice-président du Département en charge de la ruralité, de l’agriculture et du développement durable pour le dossier de L'Echo62 de février 2026. Issu du monde rural - Alain Méquignon est originaire de Bayenghem-lès-Seninghem, fils d’agriculteurs et Fauquemberguois depuis 1995.
Le Pas-de-Calais est-il un département rural ?
Alain Méquignon : « Oui, bien sûr ! Sur les 887 communes que compte le département (et c’est un record de France), 750 ont moins de 2 000 habitants - c’est le nombre retenu par l’Insee pour distinguer un village d’une ville. Notre ruralité, ce sont 19 bourgs-centres qui maillent le territoire, sans oublier les anciens chefs-lieux de canton où il y a un collège, des commerces, de l’artisanat et des services. Tout cela représente un tiers de la population. Oui, nous sommes un département rural avec 68 % du territoire consacrés à l’agriculture, soit 458 500 hectares de surface agricole utile. Le département le plus agricole de France. »
Comment se porte le monde rural du 62 ?
A. M. : « Depuis l’avènement de la décentralisation, il y a quarante ans, le conseil général du Pas-de-Calais devenu conseil départemental a toujours voulu une ruralité attractive et dynamique. Pour cela, il faut avant tout des routes. Nos 6 200 kilomètres de routes départementales permettent de desservir chaque commune, chaque village. Avec ce réseau routier que nous entretenons, améliorons, avec la proximité des autoroutes, avec l’arrivée de la fibre : elle est partout (le Département du Pas-de-Calais a créé avec la Région et le Nord, le syndicat mixte La Fibre Numérique 59/62), les entreprises n’hésitent pas à s’installer en milieu rural et à créer des emplois. »
Il n’est pas question de parler d’un monde rural isolé ?
A. M. : « Certainement pas ! Nous avons donc nos routes, mais aussi nos collèges, éléments à part entière de l’attractivité. Dans notre ruralité, ce sont des collèges à dimension humaine. Le Département se soucie également de l’accès aux soins. La lutte contre les déserts médicaux est au cœur des discussions et des actions entre l’État, l’Agence Régionale de Santé et les collectivités locales. Fin décembre 2025, 15 maisons de santé pluriprofessionnelles et 4 centres de santé situés essentiellement en milieu rural, des lieux de soins appelés France Santé, ont été labellisés par l’État.
Les routes, les collèges, la santé et on n’oublie pas les services. Le Département du Pas-de-Calais a copiloté avec l’État la mise en œuvre du programme France Services dans le cadre du Schéma Départemental d’Amélioration de l’Accessibilité des Services au Public. Dans les espaces France Services, le Département assure des permanences. »
L’actualité nous rappelle combien l’ agriculture et la ruralité sont importantes dans notre pays, que ce soit en matière d’ indépendance alimentaire, de santé publique et d’ équilibre entre les territoires. Il convient aussi de prendre en considération le rôle de cette France rurale dans la nécessaire transition écologique puisqu’ elle est en lien direct avec les ressources naturelles et les savoir-faire locaux. C’est la raison pour laquelle, dans un Pas-de-Calais très rural, le Département a toujours eu une action forte et concertée, en fonction des compétences qui sont les siennes.
Comment créer une ruralité dynamique ? Améliorer la vie quotidienne des ruraux ?
A. M. : « Pour instaurer une certaine dynamique dans les communes et peu importe qu’elles aient 150 ou 1 999 habitants, le Département a mis en place le FARDA, Fonds d’Aménagement Rural et de Développement Agricole. Il y a le FARDA du quotidien pour des travaux imprévus de moins de 50 000 €, subventionnés à hauteur de 20 % et le FARDA structurant pour des projets plus importants.
Dans le FARDA, nous avons développé un volet « études » avec Ingénierie 62, pour épauler les communes dans des projets qualitatifs, pour favoriser les réflexions d’aménagement global. Depuis 2023, 1 531 projets ont été soutenus par le FARDA, soit 30 millions d’euros de subventions. Et quand le Département met 1 euro, il faut multiplier par 5 en termes d’investissement ! Ce sont donc 150 millions d’euros de travaux réalisés dans nos communes rurales par des petites entreprises locales, en intégrant le développement durable et l’insertion. Alors le FARDA, ça garde la vitalité et ça crée de l’emploi. »
La présence du Département, chef de file de solidarités territoriales, est indispensable ?
A. M. : « Sans le Département et devant la baisse des dotations de l’État, devant de plus en plus de normes qui leur sont imposées, les communes ne pourraient quasiment plus investir. Prenons par exemple les communes qui ont été touchées par les inondations, réparer (les routes, les ponts, les berges) ça coûte cher, le Département a été très présent pour les études et les travaux et il a boosté les aides ».
Vous êtes le « VP agriculture ». Quel est votre champ d’action ?
A. M. : « Si la compétence économique est du ressort de la Région, le Département du Pas-de-Calais apporte un appui technique et financier à la Chambre d’Agriculture notamment pour soutenir les agriculteurs en difficulté (l’association Arcade, le Service de remplacement agricole). Nous avons vu dans le Pas-de-Calais la disparition des exploitations, passant de 20 000 en 1979 à 5 700 dans les années 2020 dont 300 en bio et ce n’est pas beaucoup.
Le Pas-de-Calais reste une terre d’élevage et nous sommes très attentifs au maintien des prairies qui jouent le rôle d’éponges en cas d’inondations, qui façonnent nos paysages qui séduisent tant les touristes. Nous sommes attentifs à la santé animale en soutenant le Groupement de Défense Sanitaire du Bétail et avec notre laboratoire départemental d’analyses que nous préservons. Un outil méconnu, mais d’excellence, qui réalise chaque année de 200 000 à 250 000 analyses. Santé animale et santé humaine aussi avec les analyses de l’eau, les analyses de la qualité alimentaire dans les collèges. »
Le monde agricole reste un partenaire privilégié ?
A. M. : « Assurément et on peut encore évoquer l’action du Département en faveur des races locales, le cheval boulonnais, le mouton boulonnais, la vache rouge flamande.
Nous accompagnons financièrement les comices agricoles, des rendez-vous importants pour les éleveurs, des vitrines du monde rural. En parlant de vitrine, le Département sera de la partie pour Terres en fête les 5, 6 et 7 juin 2026 à Tilloy-lès-Mofflaines.
Nous accompagnons également le réseau des AMAP, Associations pour le Maintien de l’Agriculture Paysanne ; nous proposons aux collégiens des produits frais et de qualité, issus de circuits courts afin de promouvoir les producteurs et éleveurs locaux.
Depuis peu, nous apportons des aides directes à des projets agricoles locaux et de qualité, pour un total de 140 000 euros en 2024-2025.
Comment envisagez-vous l’avenir de la ruralité dans le 62 ?
A. M. : « Le Département poursuit l’aménagement du territoire, pour protéger nos habitants, protéger notre nourriture, protéger notre patrimoine qu’il soit naturel (6 000 hectares d’espaces naturels gérés et préservés) ou architectural (nos églises notamment). Nous devons agir de manière positive autour de nos richesses. Nous devons relever les défis du changement climatique, favoriser les nouvelles pratiques de mobilité comme la vie culturelle et associative.
Enfin dans notre monde rural, le tourisme est bien vivant, c’est un véritable levier d’attractivité.
Après la Covid, de nombreux citadins sont venus vivre à la campagne et nous voulons que les gens aient envie de venir habiter dans nos villages. Quel chemin parcouru en 30 ans, nous avons assisté à la transformation du monde rural et le Département y a largement contribué. »
Notre objectif est de contribuer au maximum à développer une ruralité vivante, en garantissant les services à la population, en facilitant les connexions avec l’ ensemble des territoires pour plus d’ égalité et de sécurité et pour que chacun puisse bien vivre et s’ épanouir là où il vit. Aucun territoire du Pas-de-Calais ne doit être oublié ; c’ est ce qui guide notre action, au service de tous. »